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Ces médecins qui déplaquent !

Publié le 30 décembre 2021 à 19:07

Du 30 avril au 31 août 2021, le collectif « Nos services publics » a mené une enquête sur internet à laquelle ont répondu de nombreux soignants, toutes professions confondues. Le verdict est sans appel : un sentiment de perte de sens est largement partagé, lié à l’incapacité des soignants de mener à bien leurs missions. Les problèmes viennent avant tout du manque de moyens, du poids de la hiérarchie ou de l’administration, des désaccords avec les consignes reçues qui vont à l’encontre de l’éthique des soignants ayant choisi leur métier par vocation. Témoignages.

  • À 35 ans, Cécile [1], généraliste installée depuis deux ans et demi, est déjà désenchantée. Passionnée par son métier, attachée à ses patients, elle va pourtant déplaquer. Soumise à des visites régulières de l’Assurance Maladie, elle ne se sent plus libre d’exercer la médecine comme elle l’entend.

    Rompre le lien qui s’est créé avec mes patients me fait mal au cœur, mais c’est le prix à payer. Quand je vois le nom de la déléguée de l’Assurance Maladie sur mon planning, j’angoisse deux semaines avant. Je me demande ce qu’elle va encore me reprocher. Elle m’a déjà expliqué qu’elle avait des objectifs et des quotas à atteindre sur le département. J’ai l’impression d’être en maternelle et d’avoir face à moi une personne qui veut m’apprendre mon métier sans avoir fait d’études de médecine. La Sécurité sociale est un assureur des patients. L’influence de l’Assurance Maladie sur notre façon d’exercer ne fait que s’accroître.
    Nous avons de moins en moins de liberté. À chaque passage, la déléguée me montre des documents traçant combien ont coûté chacune de mes prescriptions : arrêts de travail, bons de transports, médicaments, antibiotiques… Elle a des chiffres sur tout. Chaque visite se conclut par un encouragement à réduire mes prescriptions parce que je coûte trop cher.
    En parallèle, les tâches administratives prennent de plus en plus de temps. Entre les demandes d’entente préalable, les protocoles de soins, les dossiers d’Aide à la perte d’autonomie pour le maintien au domicile des personnes âgées, des dossiers de reconnaissance MDPH (Maison départementale pour les personnes handicapées, ndlr), de maladies professionnelles. J’y consacrais 15 heures par semaine en plus de mes consultations. La coordination des soins censée optimiser la prise en charge des patients est très chronophage et c’est du temps que je ne passais pas à soigner mes patients.
    J’ai fait le bilan. J’ai moi-même de jeunes enfants. Travailler encore 35 ans dans ces conditions, avec la pression de la Sécu sur la tête, ce n’est pas possible.
    Ce n’est pas pour cela que j’ai choisi la médecine. J’essaye de faire le métier que j’imaginais et pour lequel j’ai fait dix ans d’études et beaucoup de sacrifices.

Lire aussi : « Comment repeupler les déserts médicaux ? »

  • Médecin généraliste depuis 14 ans, Mélanie [2] a jeté l’éponge en mai 2020, révoltée par la gestion du Covid-19.

    Je remets en cause l’organisation du système de santé tel qu’il est dans notre pays. La santé ne concerne pas seulement le physique. Il y a aussi le psychique, le mental. La santé, c’est quelque chose de global. Si l’on a des problèmes d’argent, on risque d’avoir des problèmes de santé. La nature du travail, le mode d’alimentation, la qualité de l’habitat, l’exposition à la pollution atmosphérique engendrent des problèmes de santé.

Témoignages recueillis par Lydie LYMER

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