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Tropicalia : « Un projet symptomatique de ce qu’il ne faut plus faire »

par Justine Frémy
Publié le 17 mars 2023 à 16:07 Mise à jour le 27 mars 2023

Le promoteur à l’initiative du projet de serre tropicale géante entre Rang-du-Fliers et Verton, dans le Pas-de-Calais, vient de réunir la somme nécessaire à l’achat des 16 hectares dédiés à la construction du projet. Une avancée qui n’inquiète pas les associations de défense de l’environnement qui restent mobilisées contre ce projet qui fait débat au niveau local. Certains y voient une opportunité économique porteuse d’attractivité et d’emploi, quand d’autres le considèrent comme une aberration écologique anachronique.

« Cette vente des terrains ne nous inquiète pas, mais nous restons vigilants », explique Martine Minne, présidente de l’association Attac Flandre, membre du collectif « Non à Tropicalia » regroupant près d’une quarantaine d’associations environnementales. Elles dénoncent le projet pharaonique porté par deux promoteurs, Cédric Guérin et Nicolas Fourcroy, qui rêvent de construire la plus grande serre tropicale du monde dans le Pas-de-Calais, près de Berck-sur-Mer.
Estimé au départ à 54 millions d’euros, dont 2 millions d’euros d’avance remboursable apportée par le conseil régional des Hauts de-France et 400 000 euros par la communauté d’agglomération des deux baies en Montreuillois, « c’est un projet lucratif au profit de deux personnes avec injection d’argent public alors qu’ils se sont engagés sur... 35 emplois ! » s’étrangle Martine Minne. Le reste de ce budget colossal, relevé à plus de 90 millions d’euros aujourd’hui selon la militante, est constitué d’une potentielle subvention de l’Ademe, de fonds propres (dont deux campagnes de financement participatif) et de prêts bancaires.

Difficulté à réunir les fonds

Pourtant, Cédric Guérin a peiné à réunir les deux millions d’euros nécessaires à l’achat du terrain situé sur la ZAC du Champ Gretz, une parcelle de 16 hectares entre Rang-du-Fliers et Verton, destiné à la construction de la serre. La promesse de vente avait même expiré fin octobre dernier faute d’avoir réuni les fonds dans les temps. « C’est bizarre de ne pas avoir deux millions d’euros alors qu’il est supposé en apporter plus de 90 millions...ce n’est pas une preuve de sérieux » commente la militante, dubitative. Après un délai supplémentaire, il vient finalement, quatre mois plus tard et avec l’aide d’un fonds d’investissement français, de signer la vente. Une étape supplémentaire dans la réalisation du projet.

Un projet concurrent en construction en Belgique

« On va continuer les actions contre ce projet qui est symptomatique et symbolique de ce qu’il ne faut plus faire, détaille Martine Minne. On ne construit pas une serre tropicale dans le Pas-de-Calais... d’autant moins quand une autre est en train d’être construite juste à côté de chez nous ! » Le parc animalier belge Pairi Daiza vient en effet de lancer la construction d’un projet similaire encore plus ambitieux : une serre tropicale de 40 000 mètres carrés pour un montant de 150 millions d’euros dont l’ouverture au public est prévue pour 2025. Une hérésie supplémentaire pour la présidente d’Attac Flandre qui fustige un projet « en désaccord avec l’actualité et l’urgence climatique dans laquelle on est actuellement ». En plus d’artificiliser des terres agricoles, de fragiliser une zone Natura 2000 à proximité du site, le risque est aussi d’introduire des espèces exotiques qui pourraient envahir la faune et la flore locales, sans compter les pollutions générées par le trafic des visiteurs, le coût énergétique et la bétonisation.

Des associations qui restent mobilisées

Mais Martine Minne reste pragmatique : « Un terrain, ça se revend...s’ils avaient pu commencer à la monter, ils l’auraient déjà fait. » D’autant plus que le Groupement de défense de l’environnement dans l’arrondissement de Montreuil (GDEAM) attend encore les résultats de deux recours déposés auprès du tribunal administratif de Lille à l’encontre du permis de construire. D’ici la fin du mois, le collectif va se réunir afin d’envisager de prochaines actions pour continuer à sensibiliser les riverains et interpeler l’opinion publique. La dernière en date, une pièce de théâtre sur le thème de l’accaparement des terres, avait fait salle comble à Attin « avec surtout des gens du coin ».

16
Le nombre d’hectares du terrain qui vient d’être acheté pour y installer la serre tropicale.

20 000
C’est, en mètres carrés, la superficie de la future serre dont le dôme devrait culminer à 60 mètres de haut.

500 000
C’est le nombre de visiteurs annuels attendus.

28
C’est, en degrés, la température moyenne qui devra être maintenue toute l’année dans la serre.

Mots clés :

Pas-de-Calais