En souvenir d’André

par Lydie LYMER
Publié le 19 mai 2022 à 22:58

C’est le titre d’un roman de Martin Winckler dans lequel le narrateur, médecin, décrit les débuts puis l’évolution du suicide assisté.
Précurseur, la Suisse le tolère depuis 1942 lorsque les patients agissent de manière indépendante, et que ceux qui les aident n’ont aucun intérêt à leur mort.
Les Pays-Bas ont dépénalisé l’euthanasie en 2002, suivis par la Belgique qui a étendu le cadre légal aux mineurs en 2014.
Depuis 2021, l’Espagne autorise l’euthanasie active pour les personnes atteintes d’une maladie grave, incurable, de douleurs chroniques entraînant une incapacité.
En France, le malade peut rédiger ses « directives anticipées » et refuser l’acharnement thérapeutique. La loi Claeys-Léonetti de 2016 répondrait mieux « à la demande à mourir dans la dignité » en clarifiant l’usage de « la sédation profonde et continue jusqu’au décès en phase terminale ».
En pratique, on endort les gens, on arrête tout et on attend. Combien de familles ai-je accompagnées, indignées « mais ma mère va mourir de soif ? De faim ? ». Ben oui.
Je ne compte plus les patients qui m’ont suppliée. « Je ne veux pas me voir partir à petit feu ! S’il vous plaît. » Ben non.
L’hypocrisie de la loi Claeys-Léonetti, qui ne définit pas la « phase terminale », conduit au tourisme de la mort vers les pays où le suicide assisté est légal ou à des euthanasies clandestines dont le nombre est difficile à chiffrer.
Le procès au tribunal d’Angers d’un vétérinaire ayant fourni à un ami atteint d’une maladie de Charcot les moyens de se suicider fait débat. Dans notre pays, en 2022, pour être soulagé de ses souffrances, vaut-il mieux être un chien qu’un humain ?
L’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) anime dans le Nord des débats autour de la fin de vie.
Le 12 mai, l’ADMD 59 présentait avec le collectif pour le choix de sa fin de vie un guide ponctué de témoignages de patients, de familles et de médecins souhaitant la dépénalisation de l’aide médicale à mourir. Ce guide sera remis aux députés nouvellement élus.
Chaque personne condamnée devrait pouvoir choisir à quel moment elle souhaite arrêter de vivre. S’inscrire dans une évolution générale de la législation en Europe sur ce sujet est une nécessité.