Forfait patient urgences : pédagogie ou économies ?

par Lydie LYMER
Publié le 6 janvier 2022 à 17:19

En octobre, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale actait 800 millions d’euros d’économies sur l’hôpital public. Un pognon de dingue !
Passé inaperçu derrière le Covid, le forfait patient urgences (FPU) est entré en vigueur le 1er janvier.
Selon la direction générale de l’Offre de soins (DGOS), il permet de « simplifier la facturation des soins » et « d’homogénéiser la participation des patients » dont le passage aux urgences n’est pas suivi d’une hospitalisation.
80 % des frais de santé sont pris en charge par l’assurance maladie. Pour une simple consultation, le reste à charge était de 6,90 euros. Désormais, il faudra payer 19,61 euros, sur place si possible. Comme ça, vous comprendrez que les urgences, c’est pas gratuit. Vous ne paierez que 8,49 euros si vous êtes enceinte de plus de cinq mois, atteint d’une affection longue durée ou titulaire d’une pension d’invalidité. Les violences sexuelles ou le don d’organe dispensent quand même du FPU.
Angoissés, les gens arrivent souvent aux urgences sans document ou attestation de mutuelle. Selon la DGOS, sur 213 millions d’euros facturés, seuls 33 % seraient recouvrés. La réforme permettrait un gain de 35 millions d’euros.
On compte 22 millions de passages annuels aux urgences. Si 14 millions ne débouchent pas sur une hospitalisation, beaucoup sont justifiés. Le doute doit toujours bénéficier au patient et être levé par des examens ou des actes techniques non accessibles en ville.
Alors que les campagnes de prévention martèlent que « toute douleur thoracique nécessite un avis médical » ou que « devant une suspicion d’AVC, chaque minute compte », dissuader les gens de se rendre aux urgences, sans leur proposer d’alternative, est scandaleux et dangereux.
5,5 millions de Français n’ont pas de médecin traitant. Voir un médecin sans rendez-vous programmé relève du parcours du combattant. Les urgences sont souvent le seul recours, surtout la nuit et le week-end.
Le FPU est remboursé par les mutuelles. Mais trois millions de Français (privés d’emploi ou précarisés) n’en ont pas et risquent de renoncer aux soins.
Sous prétexte de désengorger les urgences, le gouvernement creuse encore plus l’inégalité d’accès aux soins, masquant à peine la privatisation rampante de notre Sécurité sociale.