Le poulet, y’a la grippe, et la vache elle est folle !

par Lydie LYMER
Publié le 24 juin 2022 à 10:56

C’est ce que m’a expliqué Léa, 8 ans, que sa maman très inquiète amenait en consultation.
Léa a toujours eu bon appétit, mais subitement, elle refuse de manger autre chose que des pâtes. Elle ne veut plus de pizzas, « ça peut rendre très malade ! ». Et même les œufs Kinder dont elle raffole, elle les boude, de peur d’une mauvaise surprise.
Heureusement qu’elle ne connaît pas les risques de la toxoplasmose chez la femme enceinte, sinon, elle exilerait son chat : elle attend un petit frère. Et elle n’a pas eu vent des recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). En raison du risque de transmission de la variole du singe par les animaux de compagnie, l’Anses préconise le port de matériel de protection et une hygiène rigoureuse des mains pour tout contact indispensable avec l’animal. Léa serait foutue d’exiger que sa grand-mère, qui résiste à la canicule, porte une combinaison pour caresser le labrador qui apporte apaisement et réconfort aux résidents de l’Ehpad où elle vit.
Derrière les phobies alimentaires et les angoisses de Léa, victime d’un matraquage médiatique, se pose la question de l’avenir de notre filière avicole.
La grippe aviaire se transmet à l’Homme par voie respiratoire et implique un contact prolongé et rapproché avec les volatiles. Le risque concerne donc les éleveurs. Aucun cas n’a été recensé en France. Les produits issus des volailles, comme la chair ou les œufs, sont comestibles. Pourtant, la France a abattu 16 millions de têtes d’élevage depuis novembre 2021, mettant à genoux de petits exploitants. Directement du producteur à l’incinérateur, ça, c’est du circuit court !
Et on s’étonne qu’un agriculteur se suicide tous les deux jours ?
Au 58e Salon de l’agriculture, Emmanuel Macron prônait « une nouvelle France agricole » résiliente, garante de notre « souveraineté alimentaire ».
Alors que l’ONU craint que la guerre en Ukraine entraîne « un ouragan de famine », le gouvernement s’offrirait le luxe de se priver d’une source d’alimentation locale au nom d’une maladie dont on doute aujourd’hui qu’elle soit dangereuse pour l’Homme ?