Pour que vive la (bio)diversité culturelle en France

Par Cédric Dematte*

Publié le 7 mai 2020 à 14:11

La période de lutte pour la défense de notre système de retraite a montré à quel point le monde de la culture nous est précieux. Du Chœur des esclaves de Nabucco interprété à Radio France, aux images de l’Opéra National de Paris en lutte, ces parenthèses enchantées prouvent la force de tout un secteur pour éclairer symboliquement et sublimer nos espérances et nos vies. Aujourd’hui, avec le printemps, est venue l’heure de se confiner. Les établissements culturels se sont vus fermés. Se sont vus annulés les nombreux rendez-vous, événements, festivals, qui rythment nos vies.

Les liens que nous avons avec les artistes amateurs et professionnels se poursuivent sur les réseaux sociaux et aux rythmes de
« live ». Les artistes témoignent de leur solidarité envers les professions en première ligne, voire contribuent activement
aux solidarités.

La culture n’est pas un puits sans fond

La culture n’est pas retenue dans les activités vitales... et pourtant ! Avec le confinement, les mauvaises nouvelles économiques sont arrivées. Pour beaucoup la culture est un supplément d’âme, un luxe dont on peut se passer... Sur le plan économique, les faits sont têtus et tout autres. En 2019, le secteur culturel constituait 2,3 % de la richesse nationale. Au-delà de cette contribution à l’économie, la culture est aussi un catalyseur du secteur touristique, car on visite aussi la France pour sa richesse, son art de vivre et sa vie culturelle. Alors non, la culture n’est pas un puit sans fond ! Il y a d’ailleurs des secteurs économiques bien plus soutenus comme celui de l’automobile en France. Alors oui, il y a bien eu une victoire dans ce confinement, les associations culturelles, les compagnies ont réussi à être reconnues comme des PME lambdas.Car pour le gouvernement ça n’allait pas de soi... Elles peuvent bénéficier de certaines mesures. Sur le plan humain et social, les salariés de la culture sont inquiets et particulièrement les intermittent·es du spectacle.

Leurs droits se sont vus prolongés avec le confinement.Là où il y a un hic, c’est qu’ils et elles voient leurs possibilités de
travail s’annuler ce printemps et l’été prochain. Avec les annulations de festivals, les fermetures de lieux, ils et elles ne pourront sans doute pas reconstituer leurs droits. C’est un peu comme si on privait les ouvrier·es de la culture de leur usine sans prolonger leurs droits au chômage au même rythme. Car si les artistes semblent être des cigales l’été, la réalité est tout autre. Ce sont plutôt des fourmis qui travaillent durement dans cette période riche en activité. C’est pour cela que les intermittent·es revendiquent une année blanche qui aurait pour effet de prolonger leurs droits. Nous devons les soutenir dans cette revendication. Une mesure de ce type pourrait permettre à ce secteur d’entrevoir un avenir. La culture en France, c’est aussi un ministère qui a fêté discrètement ses 60 ans en 2019. Sorti de sa discrétion, l’actuel
ministre Franck Riester ne s’est pas voulu rassurant pour autant. Il s’est exprimé dans le chahut tristement habituel des
ministres En Marche ! Sa sortie sur le maintien possible des « petits festivals » a choqué et lui vaut d’être un « petit ministre ».

D’une part, car cette idée d’autoriser des événements où les spectateurs seraient à un mètre de distance est loufoque, dangereuse autant qu’inapplicable. Et d’autre part, parce que qualifier des événements culturels de « petits événements »
est une insulte à celles et ceux qui portent des projets exigeants et/ou dans la ruralité. On attend de la part d’un ministre de la Culture des mots justes et choisis...

Un plan d’urgence pour la culture

Nous ne pouvons pas penser « le monde d’après » sans auteur, sans poète, sans musique, sans œuvre... Le tissu culturel fait émerger dans les territoires de France un autre type de société. C’est pour cela qu’il n’a jamais été aussi urgent de porter et de proposer un plan d’urgence pour le secteur culturel. Ce plan d’urgence prendrait appui sur la commande publique aux différents échelons institutionnels. L’écosystème culturel est fait de structures de différentes dimensions, de médias pluriels et protéiformes, structurés par les autodidacties, et des « écoles » et des esthétiques académiques, expémentales, urbaines, rurales, ultramarines... Il nous faut les mobiliser toutes ! Alors oui un plan d’urgence pour la culture tenant compte de sa (bio)diversité. Comme dans la nature, si on laisse mourir les abeilles, on tue progressivement toutes les espèces qui nous apparaissaient pourtant bien robustes... Ce pluralisme d’idées et d’esprit doit nous permettre d’enrichir des réformes et de rompre avec les idéologies dominantes qui asservissent l’Humain.

Que la culture inonde nos vies !

Éclairons le chemin, rêvons et réalisons l’après... Pour ma part, je rêve qu’Ascanio Celestini écrive sur le confinement et en fasse une nouvelle pièce avec David Murgia, que Baptiste Beaulieu invente une conférence gesticulée sur le monde de la santé avec Franck Lepage. Je veux revoir Les Filles de Simone. Je rêve de mini-festivals dans nos maisons, nos appartements, nos maisons de retraites, dans nos quartiers... Près de chez moi (dans l’Avesnois) je rêve
que l’association Secteur 7 puisse fêter ses 20 ans. Je rêve que le Familistère de Guise et le théâtre Léo-Ferré à Aulnoye-Aymeries rouvrent... !

Je rêve que la culture inonde nos vies et qu’elle ne soit plus reléguée au seul champ du divertissement, du saccage de nos consciences et de notre humanité. On va reprendre le travail... Pourquoi ? Comment ? Sortons du triptyque : « Travaille ! Consomme ! Et ferme ta gueule ! ». Il nous faut agir ensemble, même confiné·es, même à distance, avec le monde de la culture, écrivons le monde d’après ! Rêvons avec nos voisinages proches et lointains ! Et surtout réalisons ensemble nos utopies ! Collègues, artistes, technicien·nes, ami·es de la culture... Comme le disait mon camarade Pierre Dharréville, député des Bouches-du-Rhône : vous nous manquez !

* Militant communiste

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