Réflexion sur la crise sanitaire

Produire français ? Chiche !

Publié le 16 avril 2020 à 19:02 | Mise à jour le 21 avril 2020

Nous sommes de ces militants politiques (PCF) et syndicaux (CGT) qui ont lutté contre vents et marées contre la délocalisation des industries du textile habillement dans les années 70 et suivantes. Nous disions « le textile a de l’avenir ». « Vous n’y êtes pas » nous rétorquait-on à l’époque, ce sont des industries de main-d’œuvre tout juste bonnes pour les pays en voie de développement, hormis le haut-de-gamme peut-être. Et encore, il n’y a pas si longtemps, une entreprise comme ECCE, spécialisée dans le prêt-à-porter haut-de-gamme à Poix-du-Nord a cessé son activité quand Bernard Arnault a décidé de se fournir en Pologne.
Au fil des ans, cette année encore avant l’arrivée du coronavirus, la même logique a prévalu avec la casse de l’industrie sidérurgique, des filières de la métallurgie : construction navale, constructions mécanique (FCB, Selnor, Vallourec), électronique (Bull, Thomson), etc.

Manifestation à Arras en 1980
© Marc Dubois - Archives départementales du Nord

Hormis l’industrie ferroviaire, sauvegardée au prix de grandes luttes, la présence d’une entreprise publique, la SNCF, et de la création des TER à la fin des années 70, le Nord-Pas-de-Calais est devenue une terre de mono-industrie automobile. Le développement des activités de service a surtout profité à la métropole lilloise… au sein de laquelle certaines villes sont championnes du taux de chômage et de la pauvreté. Il a fallu de lourds investissements publics pour financer un Centre européen des textiles innovants (CETI) pour la recherche… mais pas pour relancer la production.

Un camarade nous expliquait encore récemment que, « ces années-là », il s’était faire traiter de raciste pour avoir défendu le « produire français ». Tandis que les propositions de loi des parlementaires communistes contre les délocalisations, élaborées en concertation avec les syndicats, étaient balayées, rejetées avec mépris comme irréalistes, même pas étudiées.

Pendant ce temps, d’autres plus « réalistes » plaidaient pour « le Nord-Pas-de-Calais terre d’échanges et de communication », la promotion des activités de services. Le patronat textile manifestait sous le beffroi de Lille et de son maire, Premier ministre, il obtenait des aides qui lui ont permis de « gérer » la restructuration et les délocalisations, de réinvestir dans la grande distribution, véritable « pompe aspirante » des productions délocalisées, grande destructrice des productions industrielles et agricoles.

Aujourd’hui, Emmanuel Macron promet l’indépendance de la France pour la production de masques et de respirateurs. Il redécouvre les vertus du « produire français ».

Comme le 12 mars lorsqu’il affirmait vouloir « reprendre le contrôle » du système de santé « quoi qu’il en coûte », nous disons « chiche Monsieur le Président ! », faisons en sorte de produire ici pour répondre aux besoins d’ici, travaillons à construire une Europe de la coopération plutôt que de la « concurrence libre et non faussée », redonnons à la France les moyens de son indépendance en nationalisant des industries stratégiques que sont l’énergie, le transport ferroviaire, l’industrie pharmaceutique… entre autres. Et comme vous avez le chic pour faire le contraire de ce que vous dites, de pervertir les mots, nous ne manquerons pas de nous rappeler à votre « bon » souvenir en temps voulu.

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