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Comme une victoire dans la défaite

par PIERRE GAUYAT
Publié le 16 juin 2023 à 15:51

La bataille de France au printemps 1940 a profondément marqué le nord du pays. Les traces des combats sont toujours visibles dans maints endroits, comme à Dunkerque qui a particulièrement souffert durant le rembarquement des troupes alliées, du 26 mai au 4 juin.

Le 10 mai 1940, l’Allemagne nazie lance l’assaut à travers la Belgique et les Pays-Bas, en direction de la France. Le 14 mai, l’attaque principale s’élance à travers le Grand-Duché du Luxembourg et les Ardennes belges, non protégées par la ligne Maginot qui s’arrête à quelques kilomètres à l’est de Sedan, car l’état-major français considérait, à tort, que le massif des Ardennes était infranchissable par des chars. Six jours plus tard, le 20 mai, les premiers panzers allemands atteignent la Manche du côté d’Abbeville, coupant ainsi les forces alliées en deux. Les troupes nazies se déploient alors vers le sud, à la poursuite de l’armée française qui reflue en désordre de fleuve en fleuve, jusqu’à Bordeaux, tout en menant des combats retardateurs aussi désespérés que vains.
Une autre partie de l’armée du IIIe Reich remonte vers le nord, en direction de la frontière belge, pour détruire les armées françaises, britanniques et belges piégées dans le Nord et en Belgique. De nombreux combats vont se dérouler dans la Somme, l’Aisne, les Ardennes, le Nord et le Pas-de-Calais. Les troupes alliées se replient vers la côte en combattant. D’autres sont dépassées par l’avancée allemande. Au sud de Lille, elles retiennent les forces allemandes, offrant ainsi un certain répit aux éléments qui se retranchent dans le secteur fortifié des Flandres, le long des canaux qui enserrent la zone qui va de Dunkerque à Nieuport, (Belgique). La poche autour de la ville portuaire ne fait que se réduire sous la pression ennemie Pour tenter de sauver ce qu’il reste de leur armée, les Britanniques déclenchent l’opération Dynamo, le 26 mai 1940. Il s’agit pour eux d’évacuer le maximum des 200 000 soldats du British Expeditionary Force (BEF), le corps expéditionnaire britannique en France, pris au piège dans le bastion de Dunkerque. Ce pari fou semble impossible tant la situation militaire est critique. Les Allemands attaquent dans toutes les directions. Ils tiennent la poche sous le feu constant de leur artillerie et la Luftwaffe a la maîtrise du ciel, malgré la combativité de la Royal Air Force.
Les premiers rembarquements se font depuis le port. Mais à un rythme trop lent. Du moins jusqu’à ce qu’un officier britannique ait l’idée de procéder à des évacuations depuis les plages en construisant, à marée basse, des digues avec les milliers de camions abandonnés dans la ville. Cette opération a permis de sauver des dizaines de milliers d’hommes. Des centaines de bateaux civils, les « little ships », constituent alors une flottille qui va chercher les soldats sur ces digues de fortune pour les ramener en Grande-Bretagne.

40 000 hommes coincés dans la ville, qui vont se sacrifier pour sauver les autres

Les premiers jours, seuls les Britanniques rembarquent. Churchill, sentant poindre le danger de la division entre les alliés, intervient pour que les soldats français puissent embarquer à leur tour. Lorsque le dernier navire appareille de la jetée Est, le 4 juin à 3 heures 30 du matin, il reste 40 000 hommes dans Dunkerque. Pour la plupart, il s’agit des troupes françaises qui se sont sacrifiées en tenant la ligne de front pendantque leurs camarades rembarquaient. La cité de Jean Bart va alors connaître une longue nuit d’occupation nazie qui ne prendra fin que le 9 mai 1945, lorsque la dernière poche de l’Atlantique, tenue par des nazis fanatiques, finira par se rendre.
L’opération Dynamo a été un immense succès puisqu’elle a permis à 338 000 soldats d’échapper à la captivité, soit environ 200 000 Britanniques, 135 000 Français et quelques milliers de soldats belges ou hollandais. Bien plus que les plus folles espérances de l’Amirauté britannique, mais comme l’a dit Churchill avec son sens sans pareil de la formule : « Les guerres ne se gagnent pas avec des évacuations. » Cette terrible bataille a laissé des traces dans toute la ville. Quatre-vingt ans plus tard, peu de bâtiments sont antérieurs à 1940. Exception faite des bastions, tel le bastion 32 qui abrite aujourd’hui le musée de l’opération Dynamo. Un autre témoin de l’époque est ouvert : le fort des Dunes à Leffrinckoucke. N’oublions pas les cimetières militaires où reposent, par milliers, les défenseurs de la ville.
La littérature nous a aussi transmis des témoignages sur cette époque comme Week-end à Zuydcoote de Robert Merle, prix Goncourt 1949, adapté au cinéma par Henri Verneuil, quinze ans plus tard, avec Jean- Paul Belmondo dans le rôle principal. Mais aussi les Manuscrits de guerre de Julien Gracq, demeurés inédits jusqu’en 2011, dans lesquels l’auteur décrit les combats qu’il a menés autour de la ville portuaire avant d’être fait prisonnier.
Dernier exemple en date de la prégnance de ce « Dunkirk Spirit » dans les mémoires française et britannique, avec le succès du film Dunkerque, tourné par Christopher Nolan, en 2017, sur les lieux mêmes où les événements se sont déroulés.

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