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CONSOMMER MALIN

Comment lutter contre l’obsolescence programmée ?

par Virginie Menvielle
Publié le 21 novembre 2022 à 12:28

Vous n’en pouvez plus de voir votre machine à laver, votre voiture, votre téléphone tomber en panne tout le temps. Et si, au lieu de malchance, vous étiez une des victimes de l’obsolescence programmée ?

Il n’y a pas si longtemps encore, quand on achetait une machine à laver, une télévision, un réfrigérateur, une voiture… c’était pour que cela dure. Or, depuis ces dernières décennies et le développement de la société de consommation, ce n’est plus le cas. On change de voiture tous les quatre ans, de téléphone tous les ans, et on se rhabille de la tête aux pieds, plusieurs fois par an. Or, à qui profite cette frénésie de consommation ? Aux grandes marques, bien sûr. Et pour être sûr que rien ne puisse gripper les rouages de leur modèle si bien huilé, ils promeuvent l’obsolescence programmée.

Des exemples partout et tout le temps

De quoi parle-t-on ? De ces objets à la durée de vie préalablement limitée. Le cas d’école par excellence, c’est celui des ampoules, qui étaient conçues pour durer très longtemps. La plus ancienne date de 1901 et éclaire toujours. Résultat, on a créé des modèles limités à 1000 heures d’éclairage pour forcer les consommateurs à en racheter. Autre exemple criant : les collants, à peine enfilés et voilà qu’ils se filent déjà. Pourtant, quand le bas nylon a été inventé dans les années 40 c’était pour être indestructible. Mais cette invention aurait complètement ruiné l’industrie du collant. Résultat, pour que les consommatrices continuent d’en acheter, on a donc changé la formule chimique du nylon, et bonjour les collants qui se filent à tout bout de champ.
Cet exemple, on peut le reproduire à une très grande partie de l’industrie de la mode. La fast fashion, nous pousse à acheter pour très peu cher et produit pour encore moins, des vêtements qui ne dureront que le temps d’une saison. Côté électroménager, les télés, les cafetières, les grilles-pains, les frigos, les appareils photo… mais surtout les machines à laver tombent en panne bien trop souvent. Les associations de consommateurs soupçonnent que l’obsolescence programmée a lieu à partir de 2500 lavages, les fuites au niveau des cuves étant de plus en plus fréquentes, bien avant les 10 ans d’utilisation du produit.
Mais si la mode, l’électronique, l’électroménager regorgent d’exemples illustrant l’obsolescence programmée, c’est sans nul doute dans l’informatique qu’on retrouve les exemples les plus criants.

Le cas d’école : l’informatique

Dans l’informatique, on assiste à un double phénomène d’obsolescence programmée : les obsolescences matérielle et logicielle. Du côté de l’obsolescence matérielle, les batteries des ordinateurs portables et disques durs font partie des éléments tombant en panne au bout de quelques années.
À ces pannes s’ajoutent les évolutions technologiques incessantes qui rendent rapidement obsolète le matériel. L’exemple le plus courant : une nouvelle génération de matériels pourtant compatibles entre eux qui ne peuvent pas être utilisés avec des composants plus anciens. C’est le cas du fameux iPhone dont les différentes versions ne sont pas toujours compatibles entre elles et qui poussent à racheter câbles, prises, etc.
Du côté du logiciel, on assiste au même phénomène avec des versions de logiciels se mettant à jour régulièrement jusqu’à mettre en difficulté l’ordinateur ou simplement jusqu’à ce que les logiciels ne soient plus maintenus, les rendant ainsi inutilisables.

Les extensions, vrai ou fausse bonne idée ?

Parfois en essayant de lutter contre le phénomène, on peut se faire berner, en acceptant des extensions de garanties, parfois franchement fumeuses. L’extension de garantie est en effet, une assurance qui peut revenir assez cher (jusqu’à 20% du prix du produit !) Et qui n’est pas obligatoire, même si les marques vous invitent fortement à y souscrire. En outre, les assurances ne couvrent jamais toutes les pannes. Par exemple, l’extension de garantie d’un Smartphone couvre presque toujours la casse de l’écran… Mais seulement s’il tombe lors d’une bousculade. Impossible donc de le remplacer gratuitement s’il vous a seulement échappé des mains. Avant de signer quoi que ce soit, vérifiez donc bien le contrat. Sachez que sur internet, la plupart des sites offrent un délai de quatorze jours pour changer d’avis et proposent un remboursement. Autre info importante, de plus en plus de banques proposent des extensions de garanties incluses avec vos cartes bancaires visa. Vous n’avez alors aucune raison de prendre une extension supplémentaire onéreuse, votre carte bancaire assure le service après-vente, mais encore faut-il le savoir.

Comment se prémunir ?

Face au nombre d’appareils concernés par l’obsolescence programmée, aux micmacs des industriels avec les extensions de garanties, difficile de s’y retrouver et on peut être tenté de penser qu’on va forcément se faire avoir. Il existe toutefois des moyens de se prémunir de ces arnaques. D’autant que la loi est désormais clairement de notre côté. Depuis 2015 et la loi de transition énergétique, le délit d’obsolescence programmée est puni d’une peine de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende. Le montant de l’amende peut même être porté à 5 % du chiffre d’affaires moyen annuel. Reste que le délit est parfois assez difficile à prouver. N’hésitez alors pas à faire appel à la solidarité. Vous pouvez, par exemple, consulter des forums pour avoir des infos d’autres consommateurs avant d’acheter. De plus en plus de ressourceries, d’ateliers de réparation pour les vélos, voitures, mais aussi l’électroménager fleurissent dans les villes mêmes moyennes, n’hésitez pas à les rejoindre. Et si vous vous sentez une âme militante, vous pouvez également rejoindre le collectif : HOP, Halte à l’obsolescence programmée, qui agit pour influer entreprises et pouvoirs publics sur le sujet.