Le débarquement de Dieppe, le 19 août 1942

Sous les galets, l’Histoire...

par PIERRE GAUYAT
Publié le 22 août 2022 à 12:38

La grande région nord-ouest de la France a particulièrement souffert des effets de la guerre entre 1940 et 1944. En 1940, la bataille de France a ravagé le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie. Le débarquement et la bataille de Normandie, en juin 1944, ont détruit les départements normands. Retour sur le débarquement de Dieppe du 19 août 1942, il y a tout juste 80 ans.

Entre 1940 et 1944, les bombardements alliées vont rythmer la vie des populations de ces régions. Le débarquement de Dieppe, le 19 août 1942, est une date marquante de l’histoire de la Normandie. Si l’opération «  Jubilee » est moins connue qu’« Overlord  », le débarquement du 6 juin 1944, elle n’en demeure pas moins importante même si elle fut globalement un échec sanglant qui coûta la vie à plus d’un millier de soldats alliés, pour l’essentiel des Canadiens qui perdirent encore 2 000 hommes faits prisonniers car ils n’ont pas pu rembarquer. Les Allemands ont perdu 600 hommes au cours des combats et 50 civils dieppois trouvèrent la mort.

Attaque contre le mur de l’Atlantique

En 1942, la guerre est mondiale depuis un an, après l’attaque allemande sur l’Union soviétique le 22 juin 1941 et l’attaque japonaise sur la base navale américaine de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941. Cependant, les opérations militaires se déroulent loin de la France, dans le Pacifique, en Afrique et surtout sur le front de l’Est. Les Soviétiques réclament une opération militaire à l’Ouest pour soulager le front russe où les nazis concentrent tous leurs efforts pour venir à bout de la résistance des Soviétiques, menacés d’anéantissement.
Pour montrer sa bonne volonté, qui est réelle, Churchill ordonne une opération contre le mur de l’Atlantique qui est en cours de construction. La ville de Dieppe est choisie car c’est un port et il y a une plage qui doit permettre le débarquement de matériel lourd comme des chars. L’exécution de l’opération est confiée aux Canadiens, soutenus par les commandos britanniques, la Royal Navy et la RAF. Des rangers américains, des pilotes et des marins polonais et même des Français libres participent à cette opération qui rassemble 13 000 hommes, dont 6 000 vont débarquer sur les plages, 5 000 Canadiens et un millier de Britanniques, dont seulement la moitié rentrera en Grande- Bretagne.
Ce n’est pas la première fois que les Alliés vont tâter les défenses allemandes. Un premier raid commando a eu lieu contre le port de Saint-Nazaire en mars 1942 qui s’est soldé par de lourdes pertes chez les commandos britanniques mais aussi par la réalisation de l’objectif principal : rendre inutilisables les infrastructures portuaires nazairiennes qui pouvaient abriter et réparer les cuirassés que Hitler envoyait à l’assaut des convois alliés dans l’Atlantique nord. D’autres opérations à vocation plus limitées vont se dérouler le long du mur de l’Atlantique, en Norvège ou en France, en attendant la grande opération, celle qui percera définitivement ce rideau de blockhaus et de champs de mines.

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Une opération terre, air, mer

Le débarquement de Dieppe est une opération combinée, terre, air, mer, qui se déroule sur un front de 20 kilomètres, de Sainte-Marguerite, à l’ouest, à Berneval, à l’est. L’attaque principale porte sur la ville de Dieppe qui offre un espace dégagé et une vaste plage propice à un débarquement. Les opérations annexes visent à détruire des objectifs secondaires comme des stations radar ou des batteries de défense côtière.
Partout, les assaillants rencontrent une vive résistance de la part des Allemands et se trouvent bloqués sur les différentes plages d’où ils ne parviennent pas à sortir et sont massacrés par les mitrailleuses allemandes. Sur la plage de Dieppe proprement dite, les chars qui devaient protéger la progression des troupes vers la ville restent pour la plupart bloqués, détruits par les canons antichars, laissant les soldats canadiens sous le feu ennemi sans la moindre protection. Les pertes sont particulièrement lourdes sur les galets de Dieppe.

Honneur aux soldats canadiens

Le bilan de cette opération peut sembler bien maigre et très coûteux en termes de pertes, voire désastreux, car aucun, ou presque, des objectifs fixés n’a pu être atteint en dépit du courage et de la ténacité des assaillants. Mais sans les enseignements tirés de cette opération, même tenue en échec par les nazis, le débarquement de Normandie qui se déroula deux ans plus tard, n’aurait peut-être pas été couronné de succès ou aurait provoqué des pertes encore plus élevées parmi les troupes alliées.
Les soldats canadiens honorés ce 19 août 2022 à Dieppe constituent le premier échelon de l’armée qui a libéré l’Europe de l’ouest du joug nazi.