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LE BILLET du Dr Christophe Prudhomme*

Augmentations

Publié le 5 juin 2020 à 15:00

Exceptionnellement, nous reproduisons ci-dessous le billet de Christophe Prudhomme paru ce 3 juin dans les colonnes de l’Humanité. Avec nos plus vifs remerciements à nos confrères.

La revendication d’une augmentation générale des salaires n’a toujours pas reçu de réponse de la part du gouvernement. Si la prime octroyée en « remerciement » de la mobilisation pendant le pic de l’épidémie a amélioré les feuilles de paye de mai, elle n’a pas été versée à l’ensemble des agents, ce qui est la source d’une grande colère. Le problème reste donc entier. En effet, la question de fond est le niveau du point d’indice, base de nos rémunérations dans la fonction publique, qui est bloqué depuis 2010. Seules trois malheureuses augmentations de 0,6 % nous ont été octroyées depuis. La conséquence, c’est une perte du pouvoir d’achat de plus de 15 %. C’est la raison du constat de la baisse des salaires hospitaliers, en comparaison du Smic. Pour exemple, il y a vingt ans, une infirmière débutait sa carrière à 1,8 fois le Smic. Aujourd’hui, ce n’est plus que 1,2 ! Ce ne sont pas les primes et les heures supplémentaires qui peuvent compenser ces pertes.
Le fameux Ségur de la santé annonce une refonte des carrières, avec des promesses d’augmentation « substantielle » des salaires. Mais cela représente combien ? Par ailleurs, il ne sera pas possible, en l’espace d’un mois, de discuter des grilles pour les plus de 100 métiers de l’hôpital. Il faut un rattrapage et une amélioration des rémunérations pour rendre leur attractivité à nos métiers. Afin d’y répondre pour l’ensemble des salariés, rien ne vaut la simplicité. C’est la raison pour laquelle nous revendiquons une augmentation immédiate de 20 % du point d’indice. Cela peut paraître beaucoup, mais il faut être ambitieux quand on annonce un Ségur de la santé, en comparaison du fameux Grenelle de 1968. À l’époque, le salaire minimum avait été augmenté de 35 %. Cela n’avait pas mis le pays en faillite. Il s’agit seulement d’amorcer une autre répartition des richesses qui sera bonne pour l’économie, car les personnels hospitaliers ne vont pas ouvrir des comptes dans les paradis fiscaux pour y placer leurs économies. Ils vont les dépenser pour pouvoir vivre mieux et partir en vacances sans avoir besoin de dons de jours de RTT !

*Médecin au Samu 93.