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My darling Clementine

Publié le 9 octobre 2020 à 11:32

C’est un épisode plutôt inattendu qui vient de se jouer dans cet univers capitaliste qui n’en est jamais à une contradiction près. Il pourrait s’appeler « My darling Clementine » (que l’on traduira de façon très approximative « Ma très chère Clémentine »). L’action se situe en Corse et au Maroc, elle porte sur l’emploi de travailleurs saisonniers étrangers.
L’enjeu, dans ce triste épisode, ne porte pas tant sur les travailleurs que sur l’objet du travail : la récolte de la clémentine corse. Cette filière représente la deuxième puissance économique agricole de l’île, juste derrière la viticulture. Chaque année, elle emploie entre 1 200 et 1 400 saisonniers, marocains pour la plupart. Or, cette année, en raison des restrictions de circulation mises en place par le Maroc dans le cadre de la pandémie de coronavirus, les agrumiculteurs sont privés de cette main-d’œuvre fidèle, souple et bon marché. C’est une catastrophe pour les 30 000 tonnes produites, les 600 emplois directs (chez les insulaires bien sûr) et les 50 millions d’euros générés. Il fallait une solution. Les autorités françaises l’ont trouvée en mettant en place, à la demande des producteurs, un pont aérien entre Casablanca et Bastia pour acheminer 902 travailleurs marocains. Rien que cela. Foin des restrictions de circulation imposées à tous. L’économie d’abord. Des précautions ont été prises et inscrites dans le marbre : les agrumiculteurs prennent en charge l’affrètement des cinq avions auprès d’une compagnie privée (environ 600 000 euros) qui sont mis à disposition du 9 au 28 octobre, des prélèvements seront effectués sur les travailleurs marocains avant le départ de Casablanca, une semaine après leur arrivée en Corse et avant leur départ en fin de mission.
Le préfet de Haute-Corse est ravi ; l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), les autorités marocaines et les représentations françaises ne pipent mot. Rappelons juste un point de la loi : une entreprise française ne peut lancer un recrutement directement à l’étranger sans autorisation de la Direccte et de l’OFII. C’est souvent long et compliqué. Rappelons aussi que sur ce sol, de nombreuses personnes que l’on nomme « sans-papiers » sont blindées en termes de compétences. Mais une application stricte de la loi les empêche de travailler, de se loger, de vivre. Non qu’ils soient suffisamment rentables. Mais une régularisation reviendrait au reniement de la précarité. Cela, le capitalisme ne peut le supporter. Les autorités françaises veillent à sa tranquillité.

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