Belote, rebelote et dix de der

par Lydie LYMER
Publié le 30 septembre 2022 à 11:42 Mise à jour le 29 septembre 2022

La réforme des études de médecine figurait au programme de campagne d’Emmanuel Macron. Le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale prévoit l’ajout d’une année de stage supplémentaire pour les internes en médecine générale.
Les ministres de l’Enseignement supérieur et de la Santé défendent conjointement « un véritable projet pédagogique qui permettra d’accompagner les futurs médecins à leur installation rapide ». Sylvie Retailleau précise que « la médecine générale est aujourd’hui la seule spécialité à n’avoir que trois années en 3e cycle ». François Braun pointe l’insuffisance de compétences « sur des activités comme la pédiatrie, la gynécologie, l’obstétrique ». Des spécialités absentes des zones sous-denses dans lesquelles les internes devront effectuer leur dernière année. Des déserts où par définition il n’y aura pas de formateur. Alors pourquoi ne pas apprendre ces disciplines plut tôt ?
L’absence d’une « phase de consolidation » en fin de parcours serait « une faiblesse dans la formation ».
La faiblesse, c’est le manque cruel d’encadrement des internes sur leurs terrains de stage. C’est la détérioration de la qualité de l’enseignement dans des facultés trop petites.
Il est injuste de changer les règles du jeu en cours de partie. Surtout quand on en a bavé pour l’intégrer. Une jeune candidate à la PACES s’indigne sur twitter de son échec à l’oral portant sur la conquête spatiale et le chômage partiel. Des compétences indispensables à l’exercice de la médecine ?
A raison de 57 heures hebdomadaires en moyenne, un interne perçoit 7€50 de l’heure. Encore moins que le SMIC. Et on s’étonne que 5 à 10 % des étudiants arrêtent leur cursus avant leur thèse !
Les syndicats d’internes en médecine générale sont vent debout. Ils dénoncent «  année d’exploitation supplémentaire  » déguisée, et refusent de «  faire peser les difficultés d’accès aux soins sur des internes encore en formation ». Qui fera les frais du manque d’expérience des autodidactes de la médecine ? Cette réforme précipitée n’est qu’un pansement sur une hémorragie destiné à tenir une promesse de campagne, qui euthanasiera la vocation de médecin de campagne.

  • PACES : Première Année Commune des Études de Santé.