Coûts, taux : à cran d’arrêts

par Lydie LYMER
Publié le 18 novembre 2022 à 14:40

La Cour des comptes a publié en septembre 2021 un rapport commandé par l’Assemblée nationale concernant la rémunération des agents publics en arrêt maladie. Le coût de l’absentéisme est estimé à près de 11,5 milliards d’euros par an. 2 milliards de plus que dans le privé. Ces données convergent avec les enquêtes de la Fondation Ifrap dont la directrice disait en 2017 que le prochain chef de l’État n’aurait « que l’embarras du choix » pour faire des économies.
Depuis, l’Assurance Maladie mène une expérimentation auprès des grandes entreprises aux taux d’absentéisme élevés. Pour les sensibiliser à la qualité de vie au travail, elle leur communique les motifs des arrêts maladie déposés par les salariés.
L’arrêt de travail prescrit par un médecin n’est-il donc plus soumis au secret médical ?
Les collectivités s’attaquent aujourd’hui aux primes des agents, avec un dégrèvement proportionnel à la durée de l’arrêt. Pourquoi ? Parce-que les assureurs privés chargés d’indemniser les absences augmentent leurs tarifs.
La commune d’Auchel a adopté cette méthode en 2021. Efficacité redoutable : au bout d’un an, les arrêts de courte durée ont presque disparu. Les agents posent des congés payés pour ne pas perdre d’argent, ou reprennent le travail alors qu’ils sont encore malades. Qui veut un cluster ?
Même si le code du travail stipule qu’un salarié en arrêt de travail est libéré de ses obligations professionnelles, certains employeurs incitent au télétravail pendant l’arrêt maladie.
Arrêt dont l’employeur peut vérifier le bien-fondé via la contre visite patronale.
La société Service Médical Patronal se veut le premier réseau national de contre visite.
Sur simple inscription en ligne, une expertise médicale est réalisée pour la modique somme de 125 euros. A ce prix-là, on trouvera bientôt plus de médecins contrôleurs que de médecins traitants.
Et faute de médecins, les cabinets de détectives privés sont de plus en plus sollicités. Enquêtes de voisinage, surveillance des déplacements. Tous les moyens sont bons pour traquer la fraude.
« L’épidémie de flemme  » qui frapperait aujourd’hui la France est une aubaine pour ce petit commerce.
Ah… Si on mettait autant de zèle à chasser l’évasion fiscale !