Encore des mots, toujours des mots, les mêmes maux...

par Lydie LYMER
Publié le 4 novembre 2022 à 12:22 Mise à jour le 2 novembre 2022

France 2 crée « L’Évènement  ». Premier invité de cette nouvelle émission, Emmanuel Macron a reconnu que « les conditions de travail au quotidien à l’hôpital n’ont pas assez changé malgré le Ségur  ». Quelle surprise !
Qui a cru au recrutement de 15 000 agents, quand 7 500 postes déjà budgétés étaient vacants ?
Qui a imaginé qu’une « prime d’intéressement individuel et collectif  », l’« auto-remplacement » des équipes en sous-effectif et la diminution du temps de repos provoqueraient un choc d’attractivité ?
La déception ajoutée à l’épuisement ne pouvait qu’accélérer la fuite de personnel et la crise de recrutement. C’était inéluctable.
Alors que l’Élysée indiquait vouloir « tirer des enseignements  » de la crise sanitaire, la plupart des mesures du Ségur étaient déjà inscrites dans le plan « Ma santé 2022 ». Issu de la loi Buzyn de 2018, le programme devait restructurer le système de santé « pour les cinquante années à venir ».
Aujourd’hui, Emmanuel Macron veut « une organisation à l’échelle de chaque territoire  ».
Ça tombe bien : les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) sont déjà prévues par la loi Touraine du 26 juin 2016. Le Ségur a confirmé leur «  place primordiale  ». Raccourci génial pour faire peser sur les professionnels une organisation relevant des tutelles et des Agences Régionales de Santé.
On les accouche au forceps, ces CPTS. Le Ségur n’a pas acté le don d’ubiquité. Les soignants ne peuvent pas être au boulot, en réunion, et en régulation.
Alors le président veut « accompagner les médecins de ville pour aider à réguler, prendre les appels pour éviter que tout le monde aille aux urgences  ». Se profile le numéro unique, lui aussi prévu dans le plan « Ma Santé 2022 ». Malin ! «  Un numéro unique fourre-tout vers lequel tous les appels convergeraient, de l’infarctus, au vol à l’étalage en passant par un départ de feu » qui inquiète le ministre de la Santé lui-même.
Aucun mot sur le PLFSS qui pourrait être amputé de 200 millions d’euros pour les actes de biologie. Et qui financerait la 10e année de médecine en zone sous dotée.
Si Emmanuel Macron remettait en question sa politique de santé, ça créerait l’évènement, pour sûr. Pour l’heure, show must go on.

  • PLFSS : Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale.