J’ai une fracture numérique… C’est grave Docteur ?

par Lydie LYMER
Publié le 14 juillet 2022 à 16:22

J’ai entendu récemment une interview du Dr Le Guillou, administrateur de la Société française de santé digitale, dont la vocation est d’allier le digital à la médecine humaniste.
Je me suis rappelé une patiente que j’ai reçue en état de choc. La crise sanitaire interdisant les visites en Ehpad, elle avait assisté, les yeux rivés sur son écran, au décès de sa mère, dont la chambre était équipée d’une webcam.
C’est ça l’humanisme ? La fin de vie transformée en télé-réalité ?
L’e-santé serait « une ébauche de solution » aux problèmes d’accès aux soins, en « évitant un certain nombre d’hospitalisations qui engorgent le système hospitalier ». Les « freins administratifs, juridiques et financiers » bloquant son déploiement ont été déverrouillés « grâce à la Covid ». Merci la pandémie !
Les patients peuvent « sortir plus tôt de l’hôpital » avec « un suivi ambulatoire » grâce à des dispositifs médicaux connectés. Balances, piluliers connectés optimisent le suivi de maladies cardiaques, respiratoires ou du diabète. L’ingestion d’une gélule connectée qui transmet la température corporelle, détecte les infections post-opératoires. Des tchat-boxes, « sortes de robots conversationnels », répondent aux questions des aidants sur les pathologies de leurs proches. On n’arrête pas le progrès ! Ces outils connectés, « certaines complémentaires les prennent en charge ». Si le patient paye, il ne se déplace pas. Il économise sur l’essence !
Le gouvernement prévoit le déploiement des téléconsultations, de la télésurveillance, le stockage de données dans l’espace santé numérique et la dématérialisation complète des ordonnances d’ici 2024. L’empreinte carbone du numérique, qui représente 4 % des émissions de gaz à effet de serre en France, devrait doubler d’ici 2025.
Tantale congolais, lithium bolivien, or australien entrent dans la fabrication des ordinateurs portables. En Chine, l’extraction des terres rares consomme de l’énergie fossile et entraîne d’importants rejets toxiques dans l’eau, l’air et les sols. La France ne produit pas de pollution : elle l’importe.
Et si pour tendre vers la neutralité carbone tout en préservant notre système de santé, on commençait par remettre de l’Humain au cœur des soins ?