Le travail, c’est la santé ! Ah ouais ?

par Lydie LYMER
Publié le 18 mars 2022 à 10:24

Le report de l’âge de départ à la retraite est inscrit au programme de plusieurs candidats à l’élection présidentielle. Comme ses concurrents de droite et d’extrême droite, Emmanuel Macron s’est positionné en faveur d’un recul de l’âge légal à 65 ans.
Cette mesure permettrait de générer des recettes via les cotisations sociales des employeurs et la CSG. C’est sans compter les dépenses de prestations sociales, comme l’allocation aux adultes handicapés (AAH) ou les pensions d’invalidité, qui concernent une personne sur dix juste avant la retraite.
Cette réforme purement comptable révèle les inégalités sociales face à la mort.
Les bénéficiaires d’une pension d’invalidité vivent cinq ans de moins que les retraités du régime général.
Selon l’Insee [1], les travailleurs les plus aisés peuvent espérer vivre 13 ans de plus que les plus pauvres. Un ouvrier vit sans incapacité six ans de moins qu’un cadre.
Si l’espérance de vie stagne depuis 2016 à 85 ans pour les femmes et 79 ans pour les hommes, l’espérance de vie en bonne santé chute à 66 ans pour les femmes et 64 ans pour les hommes.
La retraite améliore la santé générale des personnes ayant subi des contraintes physiques et la santé mentale de celles confrontées aux pressions psycho-sociales. Mais son caractère bénéfique ne résorbe pas l’effet néfaste des conditions de travail passées, surtout pour les professions les plus exposées.
En 2021, un tiers des salariés en France estimaient que le travail détériorait leur santé, contre 23 % en Europe. Eurofound [2] pointe l’exposition aux poussières, aux bruits, aux agents infectieux, aux produits chimiques ainsi que le port de charges lourdes et les mouvements répétitifs particulièrement pénibles.
Derrière le recul incessant de l’âge de départ à la retraite se profile une fin de vie plus précoce et en mauvaise santé. Un travailleur pauvre sur quatre meurt avant 62 ans, victime du capitalisme.
Les prisonniers du boulot font pas de vieux os.

Notes :

[1Institut national de la statistique et des études économiques.

[2Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail.