Marseille, Nice, Kaboul, São Paulo…

par ANDRE CICCODICOLA
Publié le 10 septembre 2021 à 10:37

« Je souhaite le meilleur succès à Transdev » a déclaré Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs, à l’issue de la décision de Renaud Muselier, président LR de la Région PACA, de confier la liaison ferroviaire TER Marseille-Nice à ce groupe privé au détriment de la candidature de la compagnie nationale qui gérait la ligne depuis des décennies. Et comme si cette flagornerie ne suffisait pas, le PDG a ajouté : « Ce choix marque (...) la concrétisation de l’ouverture à la concurrence à laquelle nous nous préparons de longue date. » Plutôt que de jouer « les beaux perdants », Christophe Fanichet devrait manger son chapeau pour avoir échoué dès la première bataille public-privé et aussi parce que son plan « préparé de longue date » s’apparente à une ligne Maginot. Cela a de quoi inquiéter les usagers du rail de PACA et des autres régions menacées du même sort. Ils ont appris à leurs dépens que les soi-disant bienfaits de l’ouverture des services publics à la concurrence sont de la poudre aux yeux. Leurs factures de téléphone ou de gaz le leur rappellent. Mauvaise pioche aussi pour les employés SNCF de la région qui devraient passer sous le mode privé. Leurs statuts seraient préservés, mais seulement pour quelques mois. Quant aux nouveaux embauchés, ils le seront sous des contrats maison ! Notons enfin, que l’entreprise privée Transdev bénéficiera des subventions de la Région dont le budget est abondé par… les contribuables. Tout ça sent le dumping social et la vache à lait à plein nez. Cette nouvelle privatisation est le résultat de l’application d’une directive européenne dans le cadre de la sacro-sainte loi de la concurrence libre et non faussée. Elle est infligée « quoi qu’il en coûte » aux nations par les ayatollahs de la loi du marché. Avec la reprise économique et la perspective de profits juteux, ces derniers reprennent du poil de la bête en matière de dénationalisation. Oublié l’épisode Covid-19 au cours duquel les entreprises privées n’ont dû leur salut qu’à l’intervention financière massive de l’État. Côté tenants du système, la règle du jeu est simple et claire : « Pile je gagne, face tu perds. » Deux autres informations sont à mettre en corrélation, l’une émanant de Kaboul en Afghanistan l’autre de São Paulo au Brésil. Plus de trois semaines après avoir pris le pouvoir, le chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, a insisté sur le fait que le gouvernement, qui ne compte aucune femme en son sein, aura pour tâche de faire respecter la charia c’est-à-dire la loi islamique. En réaffirmant ainsi la primauté d’une pseudo loi divine sur le droit civil et laïc, il annonce la mise en place d’une dictature s’appuyant sur la religion. À 13 754 kilomètres de là, à São Paulo, l’actuel président du Brésil, Jair Bolsonaro, poursuivi par la justice et sur le point d’être empêché par la Cour suprême de se présenter aux élections de 2022, a déclaré que « seul Dieu pouvait le chasser du pouvoir ». Devant des dizaines de milliers de ses partisans rassemblés, il a violemment attaqué les institutions démocratiques et le suffrage universel. Il a menacé de les liquider, se disant prêt à se maintenir à la tête du pays en imposant une dictature avec sous-entendu l’appui de l’armée. Manifestement, quand on mêle Dieu ou l’argent à la politique, la démocratie et le bien commun en prennent un sacré un coup !