Macron le possédé

par JEROME LEROY
Publié le 9 avril 2021 à 12:17

Rarement on aura vu un homme d’État représenter à ce point cette vieille notion grecque de l’hubris. S’il est impossible de traduire exactement l’hubris - « démesure » est juste mais n’en épuise pas le sens -, c’est parce que ce mot n’a pas d’équivalent : il désigne un ensemble de comportements, en même temps qu’une psychologie, qui aboutissent à des catastrophes pour celui qui en est possédé, mais aussi pour tous ceux qui l’entourent… C’est-à-dire nous, les citoyens infantilisés…
L’hubris, c’est par exemple le joueur qui refuse de se retirer après avoir déjà beaucoup gagné. C’est là-dessus que misent les patrons de casinos, d’ailleurs, pour ruiner le joueur à la fin. Rappelons que l’indécent Macron a parlé ou a laissé dire qu’il s’agissait d’un « pari » de ne pas reconfiner. Un pari en matière de santé publique ? Pourquoi pas un pari sur le nombre de morts la semaine prochaine, avec tickets à retirer auprès de la Française des jeux ?
Mercredi 31 mars, comme un aveu implicite, il a évidemment dit… qu’il n’avait jamais parlé de pari. Ben voyons… Quant au totem des écoles, autour duquel Blanquer a dansé la grande danse du déni pour parler de la circulation du virus, Macron y a renoncé. Ce n’est pas avant le 3 mai que tous les élèves, de la maternelle au lycée, retrouveront, en théorie, leurs salles de classe. Mais n’imaginez pas que ce soit une défaite du président : c’est plutôt, comme disait l’état-major en mai 40, « une retraite stratégique » quand il fallait cacher une débâcle totale.
Alors, la question qui se pose, pour notre propre sécurité de citoyens, c’est : « Macron croit-il à ce qu’il dit ? » C’est hélas très probable : l’hubris, encore elle, est aussi une auto-intoxication. À vrai dire, Macron n’aurait jamais dû être président dans le cadre de la Ve République, ivre des pouvoirs que lui donne une Constitution devenue décidément obsolète, avec une parole attendue religieusement à 20 heures, commentée inlassablement deux jours avant et deux jours après. Il faudrait avoir des nerfs d’acier pour ne pas se laisser griser par ce pouvoir immense et ce n’est pas le cas de Macron, qui est souvent incapable de se contrôler, comme il le montre périodiquement par des saillies qui trahissent, malgré lui, son mépris de classe.
L’hubris, c’est ainsi se persuader que l’on est, parce que président et détenteur de tous les pouvoirs, plus fort que les virologues et les épidémiologistes et se convaincre qu’on comprend mieux qu’eux l’immunologie, les modélisations, la cinétique… C’est laisser dire à vos courtisans et vos valets, je cite, « que vous challengez les scientifiques » ou, comme Blanquer dans Le Monde il y a encore quelques jours : « Il consulte toutes les études, dès qu’elles sont publiées. Au point que, parfois, le président peut en évoquer une que les experts en face de lui n’ont même pas lue. » Comment ne voulez-vous pas, avec ce genre de choses, perdre les pédales dans votre grand bureau ?
Vaincre le virus sera une bonne chose, mais en finir avec la Ve République aussi : cela nous permettra peut-être, à la prochaine crise, d’y faire face démocratiquement sans avoir à nous soumettre aux lubies mortifères d’un seul.