« Ça fait du bien »

par Philippe Allienne
Publié le 16 juillet 2021 à 10:56

Qui n’a pas remarque, ces derniers temps, cette petite phrase qui revient inlassablement dans les commentaires des journalistes de la télévision en couleur et de la radio filmée ? « Ça fait du bien. » Ces mots- phrases reviennent à tout propos. Les reporters la font aussi ressortir avec une récurrence déterminée et acharnée par les chalands, passants sans soucis, plagistes redécouvrant la salinité de l’eau de mer, dilettantes et autres mélomanes de la dernière pluie, etc. Ne manquent plus que les amateurs de corrida, mais leur allégeance ne saurait tarder.
Ça fait du bien. Oh oui, oh oui. Ça fait du bien de prendre-un-verre-en- terrasse-avec-les-copains-jusqu’à-onze- heures-du-soir-et-plus. Ça ferait du bien que j’ouvre ma terrasse si j’en avais la possibilité. Ça fait du bien de ne plus avoir à remplir une attestation pour aller faire mes courses. Ça me ferait du bien de pouvoir aller faire mes courses plus souvent (si j’avais un boulot). Ça fait du bien d’aller voir Zorro au cinéma avec un masque sur la bouche. Ça me ferait du bien de regarder le premier Zorro de Campbell à la télé si ma liaison fonctionnait. Ça fait du bien d’admirer le feu d’artifice du 14 juillet. Ça m’aurait fait du bien de regarder le feu d’artifice si ma commune ne l’avait pas annulé. N’oublions pas le ou la journaliste de studio pour qui le match d’hier soir, ben... ça faisait du bien. N’oublions pas non plus le ou la spécialiste météo qui annonce une journée exceptionnellement maussade après trois semaines de pluie. Ça fait du bien à la terre, tant pis si les blés noircissent en se gorgeant d’eau. Manger une glace à la vanille à la fausse identité italienne, faire passer les soignants du statut de héros à celui de mauvais citoyen, jeter la pierre au pompier, se sentir à l’aise dans son Hugo Boss taillé sur mesure (et que l’on endure par cette météo de juillet), se réchauffer aux propos caressants de Ménard et aux phrases doucereuses de Zemmour, s’engueuler à propos du pass sanitaire... bref, redevenir libre, décontracté, beau et... pas toujours malin, ça fait du bien.
À part les asthmatiques et quelques autres, tout le monde est donc censé respirer à pleins poumons. Respirer de soulagement en oubliant que la quatrième vague du Covid est à portée d’haleine et que le vaccin n’est toujours pas un bien universel. Respirer de soulagement en ne voulant pas voir qu’ici en France, la bête libérale n’a pas été réellement touchée par la pandémie. Les jours heureux promis par Emmanuel Macron ne nous disent finalement qu’une chose : ça fait du bien là où ça fait mal. Et ça, ce n’est pas bien.