Chère Melissa,

par Philippe Allienne
Publié le 6 mai 2022 à 11:35

Vos quelques mots, écrits et prononcés du fond de la prison texane où l’on vous a enfermée et promis la mort, nous ont beaucoup émus. « Je suis reconnaissante à la Cour de me donner la chance de prouver mon innocence. Mariah est dans mon cœur aujourd’hui et le restera toujours. Je suis reconnaissante d’avoir plus de jours à vivre pour être mère de mes enfants et grand-mère de mes petits-enfants. Je suis profondément reconnaissante à tous ceux qui ont prié pour moi et qui ont parlé en mon nom. » C’était le 25 avril dernier. Vous veniez d’apprendre que la Cour d’appel criminelle du Texas vous accorde un sursis à l’exécution. Les juges souhaitent examiner de nouvelles preuves de votre innocence dans la mort de votre fille, Mariah.
Il faut dire que c’était presque moins une. Le 27 avril, les bourreaux devaient mettre un terme à votre récit, à votre vie. Pourtant, l’État n’avait pas été capable de présenter la moindre preuve matérielle ou le moindre témoignage établissant que vous avez abusé de Mariah ou de l’un de vos enfants, et encore moins tué Mariah. C’est ce que dit la juge Catharina Haynes, parlant au nom des sept juges dissidents de la cinquième Cour d’appel du circuit des États-Unis.
Pour cette fois, la mobilisation a payé. Mais il faudra continuer et s’accrocher. Ici en France, vos soutiens ne lâcheront pas. Comme, il faut l’espérer, partout dans le monde. Car la mobilisation pour obtenir la révision de votre procès est mondiale. Dans le nord de la France, nous irons d’ici quelques jours voir ou revoir le documentaire L’État du Texas contre Melissa, une véritable contre-enquête réalisée par la journalistes franco-américaine Sabrina Van Tassel. Le Figra est fier de l’avoir programmé.
Il n’en reste pas moins, chère Melissa, que, pour paraphraser ce poète récemment disparu, le monde est décidément une triste boutique. Combien êtes-vous à croupir au fond d’une cellule, à attendre le pire ? Voyez, notre confrère américain Mumia Abu-Jamal qui a eu 68 ans le 24 avril. Il a passé 30 ans dans l’enfer du couloir de la mort. À présent, il est enfermé à perpétuité. 40 ans déjà ! Il avait 28 ans quand il a été arrêté et condamné à mort. La chaîne de solidarité n’a jamais failli, mais pour un homme, quel prix à payer !
Et aujourd’hui, chère Melissa, dans ce monde où l’on se laisse de plus en plus souvent séduire par les enfants des bourreaux d’hier, où la guerre, le viol, le pillage, le refus de l’autre et la régression semblent se banaliser, voilà que, chez vous, La Cour suprême américaine envisage de revenir sur le droit à l’avortement, un droit garanti depuis 1973. Si le projet est validé, chaque État pourra, s’il le veut, interdire l’IVG. Au mépris, bien sûr, du droit des femmes à disposer de leur corps et d’elles-mêmes. Et pour le plus grand plaisir des congrégations religieuses, des ultra-conservateurs ou des fous d’extrême droite.
Oui, décidément, chère Melissa, le monde est une bien triste boutique. Car les humains qui s’offrent cette planète ne sont pas près de s’aimer à tort et à travers.