Ils ne sont pas des chiens, ils ne sont rien

par Philippe Allienne
Publié le 10 septembre 2021 à 10:24

Il faut décidément des montagnes de courage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015. Aux victimes qui ont survécu et à leurs proches.
« Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur. Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. »
Ainsi s’exprimait le journalistes Antoine Leiris dans une lettre ouverte sur Facebook après la mort de sa femme le 13 novembre 2015 au Bataclan. Quelques mois plus tard, en mars 2016, ce témoignage prenait forme d’un livre publié chez Fayard. Bel exemple d’humanité et de leçon de vivre contre la barbarie qui a frappé il y a six ans.
Et puis, il y a les autres qui réagissent différemment. Comme Patricia Correia, brisée après avoir perdu sa fille Précilia alors âgée de 35 ans. À la veille du procès, elle pointait du doigt les failles qui ont rendu possible les attaques. Ou comme Érick et Sylvie Pétard dont les deux filles (27 et 23 ans) ont été fauchées alors qu’elles se trouvaient à la terrasse du restaurant « Le Carillon ».
« Non, moi, je ne peux pas pardonner des gens qui tuent les autres pour rien. Mes filles, elles ont été tuées pourquoi ? Parce qu’il y a un imbécile qui avait une mitraillette, qui est venu les assassiner », témoigne aujourd’hui Érick. Eux aussi ont écrit un livre en hommage à leurs enfants. Pour tenter de s’en sortir, ils se sont tournés vers la religion.
Rescapé du Bataclan, Christophe Naudin se trouvait au milieu du public quand les terroristes ont commencé à tirer. Aujourd’hui, confie-t-il, « j’ai l’impression que je n’en sortirai jamais dans le sens où ce sera toujours là. Le truc, c’est qu’il faut réussir à vivre avec ».
Il est impossible de se mettre à leur place. Mais on peut aisément comprendre que le pardon est tout aussi impossible. Les terroristes qui sont jugés depuis ce mercredi 7 septembre jouissent de droits que leurs commanditaires ou eux-mêmes n’auraient offerts à personne. Le droit d’être jugé et le droit d’être défendu. Nous devons en être fiers. Quant à entendre celui que l’on présente comme le principal accusé, Salah Abdeslam, soit il parle en son propre nom de petit con assassin, soit il s’exprime au nom d’un dieu qu’il ne peut contribuer qu’à faire haïr. « On n’est pas des chiens ! » a-t-il lancé pour dénoncer ses conditions de détention. Il a raison. Dans une société civilisée, les chiens sont bien traités et c’est normal. Ils lui sont infiniment supérieurs et ne croient pas en un dieu pitoyable et vengeur. Les chiens, contrairement à lui, croient en la vie et ont confiance en l’humanité.