Les bons et les méchants

par Philippe Allienne
Publié le 3 septembre 2021 à 10:24

Que vont faire les talibans du pouvoir qu’ils viennent de reprendre en Afghanistan ? Les spécialistes et les médias se perdent en conjonctures : les talibans d’aujourd’hui sont-ils les mêmes que ceux d’hier ? Faut-il les croire lorsqu’ils affirment que les fonctionnaires, les militaires, les Afghans qui ont travaillé avec les étrangers ne seront pas inquiétés ? Faut-il les croire lorsqu’ils rassurent le monde sur le sort des femmes ? Non bien sûr.
Les conquérants, qui n’ont pas trouvé de résistance (à part les velléités de ceux qui suivent Ahmad Massoud, le fils du commandant Massoud tué en septembre 2001, dans la vallée du Pandjchir) cherchent à se donner une virginité et une honorabilité sur le plan international. Mais, en dépit de la longue occupation de l’armée américaine, celle-ci n’a jamais su comprendre comment fonctionnent les talibans, ni comment ils sont organisés. Même s’ils calment le jeu dans les grandes villes, personne ne peut dire ce que feront les dirigeants éloignés. On sait en tout cas qu’ils veulent appliquer la loi religieuse, la charia.
Dans la vallée du Pandjchir, un artiste célèbre aurait été exécuté. Les musiciens d’un grand orchestre auraient dû détruire leurs instruments de musique. On sait aussi que des décapitations ont eu lieu dans des villages, avant la prise de Kaboul. Ces jours-ci, la rédaction de Liberté Hebdo a été pour la seconde fois informée qu’à Kaboul même, les talibans empêchent - ou tentent d’empêcher - des infirmiers d’aller travailler à l’hôpital français. En règle générale, les soignants qui ont travaillé avec des étrangers ont peur de sortir.
Dans ce contexte, il est clair que le sort des femmes est encore moins enviable. Même si les nouveaux maîtres affirment qu’elles peuvent travailler ou étudier, un cadre strict et non mixte leur est imposé. Plusieurs d’entre elles ont déjà été renvoyées de l’entreprise où elles étaient employées. Elles seront aussi particulièrement menacées sur le plan de la santé, les hôpitaux n’ayant plus de moyens financiers.
Nous pouvons toujours tenter de croire que, maintenant que la présence impérialiste américaine a cessé, l’Afghanistan pourrait voir s’ouvrir de nouvelles perspectives. Mais ici en France, l’État semble déjà vouloir profiter de cette image lisse que les talibans veulent donner d’eux et, surtout, de la nouvelle situation du pays. Comme celui-ci n’est plus en guerre avec des forces extérieures, alors, la commission nationale du droit d’asile (CNDA, à Montreuil-sous-Bois) tend à considérer qu’il n’y a pas lieu d’accorder le droit d’asile aux Afghans et aux Afghanes. Ces dernières risquent fort de ne se voir accorder qu’une « protection subsidiaire », c’est-à-dire une autorisation de séjour d’un an sur le territoire français. Si cela est avéré, ce sera un scandale de plus.