Liberté d’expression

Cinq ans après, que reste-t-il de l’esprit de Charlie ?

Publié le 10 janvier 2020 à 18:18

Les syndicats SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et la Fédération internationale des journalistes (FIJ-FIP) s’interrogent dans un communiqué commun sur ce qu’il reste aujourd’hui de l’esprit Charlie et des manifestations des 10 et 11 janvier qui ont vu des millions de personnes afficher leur attachement à la liberté d’expression. Extraits.

Le 7 janvier 2015, la France est bouleversée par l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo qui a fait 12 victimes [1]. Cinq ans plus tard, lit-on dans le communiqué, « les ennemis de la liberté de la presse et des libertés individuelles ont avancé leurs pions en France. Pire, l’arsenal juridique et répressif s’est considérablement durci  ».

Les syndicats citent ainsi :

  • La loi Renseignement promulguée le 24 juillet 2015. Elle favorise notamment les écoutes légales et renforce le cadre juridique national du renseignement en France.
  • L’état d’urgence instauré entre le 14 novembre 2015 et le 1er novembre 2017 en raison des risques d’attentats. Il permet, par exception, de restreindre les libertés mais il a fait l’objet d’une tentative de prolongation, voire d’instauration d’un « état d’urgence permanent ».
  • La loi relative à la protection du secret des affaires promulguée le 30 juillet 2018. Elle favorise et protège les acteurs économiques qui peuvent ainsi user de procédures-bâillons afin de dissuader toute personne d’enquêter sur leurs affaires et « soustraire à l’attention du public des informations d’intérêt général ». La « loi Fake news  », en 2018, donne au CSA et au juge un pouvoir de censure en période électorale et la loi « anti-casseurs », votée en 2019, vise à limiter la liberté de manifester.

La liberté de la presse en danger

Au-delà de cet impressionnant déploiement législatif, il faut noter l’amplification du média-bashing qui s’est déplacé des réseaux sociaux à la rue. Sans compter les agressions physiques et morales à l’encontre des journalistes et les violences policières et judiciaires à l’encontre des reporters photojournalistes ou vidéastes. Les syndicats français de journalistes SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, membres de la Fédération internationale de Journalistes (600 000 adhérents dans le monde dans plus de 140 pays), en appellent à un sursaut citoyen pour que la liberté d’informer et la liberté d’expression soient de nouveau respectées et garanties en France.

Notes :

[1Les douze victimes du 7 janvier 2015 : les journalistes Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, la psychanalyste Elsa Cayat, l’économiste Bernard Maris, le policier Franck Brinsolaro qui assurait la protection de Charb, le correcteur Mustapha Ourrad, le cofondateur du festival Rendez-vous du carnet de voyage Michel Renaud, l’agent de maintenance Frédéric Boisseau, sans oublier le policier Ahmed Merabet.

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