Crise sanitaire

« Des propos présidentiels qui résonnent comme un aveu »

Témoignage

par MARC DUBOIS
Publié le 20 mars 2020 à 12:55

Voici une semaine à peine, la veille du discours présidentiel, je sortais d’une hospitalisation en cardiologie. Mêlé à d’autres patients, j’allais récupérer mon bulletin de sortie. Aucune précaution parti- culière. En quittant ma chambre j’avais pu entendre des soignants s’interroger : « T’as des nouvelles des masques ? » Ces derniers arrivaient enfin semble-t-il. Pour l’heure, personne n’en portait. Auparavant, au moment du tout dernier soin, l’infirmière avait réagi au quart de tour quand mon voisin de chambre et moi nous étions intéressés à son travail : « Et dire que mon mari croit que je passe mon temps à distribuer des médicaments ! » Elle était repartie en disant : « Ça fait du bien de discuter avec des patients agréables ! », soulagée d’avoir pu vider le sac de ses conditions de travail, des salaires ridicules et des « y’en a que pour les riches ».

Faire mieux avec moins ?

Bien soigné et rassuré, j’étais donc reparti parmi la foule et les soignants sans masque ni plume. En gardant à l’esprit néanmoins l’infirmière de cardio mais aussi les soignants côtoyés lors de précédentes opérations, celles dont bénéficient souvent bien des citoyens d’un âge auquel MM Macron, Medef & Cie voudraient les contraindre à travailler aujourd’hui. Souvenirs aussi de ces infirmières rappelées une énième fois après leurs 12 heures de travail d’affilée, ces personnels d’entretien pestant dans le couloir contre le planning de travail imposé par la cadre de service, ces moyens insuffisants, ces témoignages recueillis avec les camarades du Collectif retraités CGT, publiés dans Liberté Hebdo et adressés aux parlementaires communistes à l’occasion de leur « tour de France des hôpitaux ». Je repense aux conseillers régionaux communistes dénonçant il y a vingt ans déjà (voire plus) les suppressions de lits, le passage des budgets à la T2A (Tarification à l’activité) et des hôpitaux au travail à la chaîne, les « on peut faire mieux avec moins, c’est une question de bonne gestion », les portes grandes ouvertes au privé, etc.

Lire aussi : "Où sont les masques"

Qu’en ont dit les médias et les « politiques » à l’époque ? Que ces communistes, misérabilistes, noircissent le tableau, ne tiennent pas compte des « réalités économiques », de la nécessité de « réduire les dépenses publiques ».Et voilà le tableau aujourd’hui. Un virus qui se permet de passer la frontière sans visa et s’invite chez nous, un pays où les personnels hospitaliers dénoncent depuis des mois - des années - la dégradation de leurs conditions de travail, les fermetures de maternités, le manque de personnel à tous les étages, un service public qui prend l’eau. Droit dans ses bottes jusqu’alors, le président ose affirmer maintenant que « la santé gratuite, notre État-providence ne sont pas des coûts et des charges mais des biens précieux », qu’ils « doivent être mis en dehors des lois du marché », que « nous devons en reprendre le contrôle » ! On serait tenté de dire « chiche ! ». Il ne faut pas les prendre pour argent comptant, ces propos résonnent cependant comme un aveu et donnent des arguments pour nos luttes à venir...

Des « biens précieux »

En convalescence ce 17 mars, du haut de mon troisième étage, j’ai pu observer les clients de la boulangerie d’en face faire la queue en respectant les espaces. Même scène de l’autre côté devant la petite boucherie-épicerie halal qui a dû réaliser son chiffre d’affaires de l’année. Cet après-midi, la place et la rue sont désertées ou presque. Vu d’ici, loin de la cohue des grandes surfaces que me décrivent les proches et les amis, tout semble calme... en apparence.

Fabrication de gel hydro-alcoolique

Face au besoin de gel hydro-alcoolique, le leader sucrier Tereos annonce qu’il lance la fabrication de ce produit dans cinq de ses usines dans le Nord, le Grand Est et le Centre : Artenay (Loiret), Origny-Sainte-Benoite (Aisne), Lillers (Pas-de-Calais), Morains (Marne) et Nesle (Somme). De son côté, le groupe Pernod-Ricard met à disposition du laboratoire Cooper 70 000 litres d’alcool pur. Cela permettra à ce dernier (fournisseur de gels hydro-alcooliques en pharmacie) d’augmenter ses livraisons d’alcool aux pharmacies qui, dorénavant, peuvent produire du gel hydro-alcoolique. Enfin, le CHU de Lille fait savoir que, grâce à la participation des étudiants en médecine, sa pharmacie centrale fabrique quotidiennement 2 000 litres de solutions hydro-alcooliques, embouteillées et distribuées dans les établissements de la région.

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