Xavier Bertrand face au Covid-19

« Je vais augmenter le budget santé »*

Crise sanitaire

Publié le 3 avril 2020 à 12:01

Depuis trois semaines, le Conseil régional Hauts-de-France a créé des dispositifs exceptionnels au
profit du personnel soignant, des entreprises et de ceux qui travaillent pour faire tourner
l’économie. Son président, Xavier Bertrand, s’explique pour le soutien aux entreprises, au personnel soignant, aux mesures d’urgence.

Quels premier constat faites-vous de la crise sanitaire en Hauts-de-France ?

Nous devons faire face au choc sanitaire. On a vu une très forte mobilisation des hôpitaux publics et privés de façon à préparer un maximum de lits de réanimation, sans oublier le travail de tous les professionnels libéraux. Les Hauts-de-France ont été l’une des premières régions à avoir été touchées avec le foyer épidémique de l’Oise. La situation s’est tendue depuis.

Quelle est la situation dans les départements ?

Elle est très différente au sein même de chaque département. Nous sommes pour l’instant moins touchés que la région Grand- Est ou l’Île-de-France. C’est en Picardie que la situation est encore la plus difficile. Soyons très attentifs à ce que les habitants bénéficient d’une égalité dans l’offre de soins de proximité dans les territoires.

Qu’avez-vous décidé pour soutenir le personnel soignant ?

Applaudir le personnel soignant à 20 heures c’est bien. Mais nous allons plus loin en instaurant la gratuité des cars interurbains et des TER pour tout le personnel soignant. Nous avons d’ores et déjà mis à leur disposition plusieurs dizaines de véhicules.

Ces aides concernent tout le personnel soignant ?

Oui, les soignants au sens large. Cela va de l’hospitalier, en passant par les préparateurs en pharmacie, sans oublier le personnel dans les EHPAD. Tous ceux qui sont dans la chaîne de soins. Ils peuvent nous contacter (0 800 02 60 80) et nous serons au rendez-vous.

Que faites-vous concernant les EHPAD ?

Ce doit être une vraie priorité. Tester les résidents et le personnel, instaurer des mesures de confinement pour mieux protéger les plus fragiles. Et mobiliser des renforts, notamment les étudiants infirmiers et aide-soignants qui doivent aussi avoir les moyens de protection. On a aussi créé un statut avec une rémunération allant de 1 000 à 1 400 euros net par mois.

Le personnel soignant est-il suffisamment équipé pour soigner les malades ?

Pour répondre à la demande, j’ai lancé un appel aux entreprises pour qu’elles délivrent leurs stocks de masques et de matériels de protection. On assiste à un formidable élan de solidarité. La Région a commandé 5 millions de masques et nous passons déjà d’autres commandes. Bien sûr, il faudra tirer les leçons de tout ce qui n’a pas marché mais plus tard. À cette heure, on doit se serrer les coudes par respect pour les soignants, dont certains meurent parce qu’ils ont soigné, et alors que tant de familles sont endeuillées.

Quelles ont été vos priorités concernant la crise économique qu’implique cette épidémie ?

Nous avons pris des mesures très tôt car j’ai rapidement pensé que cette crise économique pouvait être plus grave que celle de 2008. En effet, l’économie réelle a pris de plein fouet l’arrêt d’activité. On subit une crise brutale de l’offre et de la demande. Faisons tout pour éviter dépôts de bilan et chômage de masse. On peut et on doit éviter un krach. À la Région, nous avons pris nos responsabilités en mettant une première tranche de 300 millions d’euros d’aides et de garanties sur la table, avec une priorité, n’oublier personne.

Peut-on craindre des faillites ou des licenciements ?

On évitera le pire si tout le monde joue vraiment le jeu ! On va traverser cette épreuve ensemble. Après cette crise, je veux retrouver mes entreprises et mes emplois. Si certains ne jouent pas le jeu vis-à-vis de leurs clients ou de leurs sous-traitants, je n’hésiterai pas à en tenir compte.

Comment pouvez-vous soutenir ceux qui continuent de travailler ?

J’ai demandé que l’État mette en place une prime de reconnaissance nationale pour tous ceux qui sortent de chez eux pour se rendre à leur poste de travail. À ces caissières, ouvriers, chauffeurs, agriculteurs, artisans, éboueurs, nous leur devons cette reconnaissance. C’est grâce à eux que le pays continue de tourner.

Les banques et les assurances sont-elles à la hauteur des enjeux ?

Les grands assureurs, on les cherche encore. Ils doivent contribuer à l’effort national, ils ne le font pas aujourd’hui. Et je suis aussi très attentif à ce que chaque agence bancaire participe. Si ce n’est pas le cas, je n’hésiterai pas à le rendre public.

Que pouvez-vous faire pour soutenir le pouvoir d’achat des familles ?

Les aides à la garde d’enfants et les aides au transport seront maintenues. Même si les dépenses ne sont pas engagées en mars et avril, nous verserons ces aides. Aussi, il n’y aura pas de prélèvement des abonnements TER. Il faut faire très attention à ne pas fragiliser davantage nos concitoyens.

Comment peut-on imaginer l’après Covid-19 pour l’économie régionale ?

On va voir combien de temps va durer la confinement, mais ça ne sera pas une simple parenthèse car une bonne partie du chiffre d’affaires ne sera pas récupérée. Une chose est sûre, nous aurons besoin d’un sacré coup de booster en matière économique et surtout industrielle. Enfin, j’ai l’intention d’augmenter considérablement le budget régional consacré à la santé, que nous ayons le feu vert de l’État ou pas. Je veux aider directement les établissements de soin et les professionnels de la santé.

*Cet entretien a été réalisé par Laurent Goudet (Groupe Sogemedia). Il est publié par les titres de presse hebdomadaire régionale (15 publications) des Hauts-de-France.

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