Mobilisation sociale

La bataille des idées gagne du terrain

Retraites

Publié le 7 février 2020 à 15:44

Si la bataille des chiffres de participation aux manifestations ne veut plus dire grand chose, après deux mois intenses de mobilisation, la bataille des idées présente plutôt tous les signes d’une victoire. Les cortèges de ce jeudi 6 février l’ont encore démontré, même si, comme à Lille, le préfet continue d’en interdire le centre-ville.

Jamais un projet de loi n’a suscité un tel rejet dans la population, jamais un gouvernement n’a généré un tel mécontentement dans les professions aussi variées, jamais les risques n’ont été aussi grands pour le monde du travail (salariés, cadres, femmes, hommes, jeunes, retraités...).

Parmi les manifestants qui ont défilé à Lille, ce 6 février, Roberto, 37 ans, professeur d’espagnol à l’université de Lille 3 estime que « c’est un financement (des retraites) qui est prioritaire pour la société et qui devrait être solidaire, participatif et inclusif. Je me mobilise aujourd’hui car je tiens au modèle participatif et je suis contre le projet par points. J’espère qu’avec la mobilisation d’aujourd’hui, le Parlement prendra en compte la contestation au moment d’examiner le projet de loi des retraites ».

Louis, 67 ans, retraité, se montre plus radical. « Moi, si j’en avais la possibilité, je ne rentrerais pas dans le plan de financement et je n’irais pas à la conférence de financement. Les organisations sont amenées dans un piège qui consiste à discuter pour signer un compromis. De l’argent il y en a, je pense à l’évasion fiscale (80 à 100 milliards d’euros), le crédit d’impôts aux sociétés qui, je le rappelle, est financé avec notre argent.

Je viens pour dire non à la réforme des retraites et c’est pour ça qu’on est là depuis le 5 décembre. Je ne suis pas concerné puisque je suis à la retraite depuis cinq ans. Je pense que pour faire reculer le gouvernement il faudrait faire une grève générale avec un blocage économique du pays. Il n’y a que comme ça que le gouvernement réagira. »

Les manifestants ne sont pas rares à souligner que le Conseil d’État – « dont les membres sortent de l’ENA ou sont nommés par le gouvernement » – vient de publier son avis sur le projet de réforme des retraites : « Un camouflet pour le gouvernement ! » La CGT rappelle que le Conseil note qu’il s’agit d’une réforme de la vie des Français « un service social qui constitue l’une des composantes majeures du contrat social ».

Il affirme aussi que le système français est « dans un contexte de relative solidité » , que cette réforme ne crée absolument pas le régime universel et qu’il parait bien illusoire de vouloir stabiliser à 14 % du PIB les dépenses liées aux retraites. À Dunkerque, la CGT avait appelé tous les salariés, quel que soit le secteur, à la mobilisation. Car, explique le syndicat, « tous seraient immédiatement pénalisés par un allongement de la durée de carrière (le fameux âge pivot) et par une baisse des pensions qui serait désormais sur toute la carrière au lieu des 25 meilleures années ».

Hugo, 18 ans et étudiant à la faculté d’histoire de Lille 3 ne peut s’empêcher de penser à l’exemple de sa grand-mère : « Elle est à la retraite et elle touche une pension de 700 euros. Elle est locataire et, avec les charges qui vont avec, c’est difficile. J’espère que cette manifestation fera changer le gouvernement d’avis. » En tout cas, la mobilisa tion qui se poursuit et la détermination des gens ont de quoi lui donner à réfléchir.

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