MORT DE CHRISTINE RENON

« La reconnaissance de la responsabilité de l’administration est une bonne avancée »

par Philippe Allienne
Publié le 10 janvier 2020 à 19:57 | Mise à jour le 18 janvier 2020

Trois mois après le suicide de Christine Renon, la directrice d’école maternelle de Pantin (93) qui s’était suicidée en septembre dans son établissement, le rapport de l’Inspection générale de l’Éducation nationale reconnaît la responsabilité de l’administration.

Deux jours avant de passer à l’acte, Christine Renon (58 ans) avait écrit une longue lettre pour dénoncer ses conditions de travail. Ses collègues de Pantin en étaient destinataires. Elle expliquait son épuisement, la solitude des directeurs d’école, les réformes incessantes et contradictoires. Dans la ville où elle exerçait, de nombreuses demandes de mutation des enseignants, bien supérieures à la moyenne, avaient été constatées. Elles atteignaient 28,5 % en 2019. Christine Renon évoquait également le risque d’une fermeture de classe, ce qui n’a pas été confirmé par l’enquête de l’Inspection générale.

« Décision coutumière »

On notera cependant que, selon le ministère de l’Éducation, cette reconnaissance relève d’une « décision coutumière de l’administration dans ce genre de circonstances, car elle permet d’assurer une protection maximale aux ayant-droits ». Est-ce une façon de faire un pas en avant et trois pas en arrière ?

Pour Faustine Otin, directrice d’école à Bruay-sur- Escaut, il faut voir dans la position de l’Inspection générale une « grande avancée » . Cette reconnaissance de la responsabilité de l’Éducation nationale, et plus précisément de l’administration, dans la mort de Christine Renon implique les services. « On ne peut pas parler de décision systématique , dit-elle, quand on connaît les précédents historiques » . Elle évoque le cas des salariés de France Télécom, mais aussi les nombreux exemples constatés dans l’Éducation nationale par les psychologues du travail.

Plus rien ne sera comme avant

Elle se dit persuadée que désormais, plus rien ne pourra se passer comme avant. Même si, à Pantin, on pouvait relever des éléments particuliers comme les mauvaises relations des écoles avec la Ville ou, plus grave, des accusations d’attouchements sur élèves, ce qui vient de se passer devrait changer l’attitude de la hiérarchie par rapport à la souffrance au travail des enseignants.

« Nous verrons à l’épreuve des faits, mais nous avons obtenu l’assurance de l’Académie du Nord que lorsqu’un ou une collègue aura des problèmes ou affichera par exemple un burn out, elle ou il bénéficiera d’un assistance et d’un accompagnement » . Faustine Otin veut se montrer optimiste sachant que l’on part de loin. « C’est le système global qui est en cause, dit-elle. Les enseignants ont de plus en plus souvent l’impression de ne jamais faire suffisamment bien, voire de ne pas savoir faire. Ils ont l’impression qu’on ne leur fait pas confiance. À la longue, cela pèse sur le moral ».

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