La Révolution du Sourire

Un ouvrage collectif de dix auteurs et journalistes algériens

par Philippe Allienne
Publié le 19 juillet 2019 à 16:59

Les éditions Frantz Fanon [1], à Tizi Ouzou, ont invité dix écrivains algériens à s’exprimer sur leur pays au moment où le peuple, excédé, sort dans la rue pour crier son ras-le-bol et exiger le départ non seulement d’Abdelaziz Bouteflika mais de l’ensemble de la gouvernance et de l’oligarchie au pouvoir. Cela donne un ensemble de dix nouvelles très originales et débordantes d’espoir pour une Algérie nouvelle et débarrassée du carcan qui l’étrangle. « L’ennemi, le vrai, c’est le désespoir. L’ennemi, c’est le désenchantement » , écrit ainsi Mohamed-Anis Saidoun.

« Nous n’avons pas rêvé depuis 1962, et si un peu- ple ne rêve pas, il ne peut que vivre le cau- chemar éveillé. Nous n’avions pas de rêves, alors nous sommes devenus nos propres monstres ». Et de poursuivre : « Ce pays est en train de changer. Nous avons écouté le bruit de l’arbre qui tombe et nous n’avons pas été attentifs à la forêt qui poussait en silence. C’est la révolution du sourire. (...) Je vais porter ce sourire aussi longtemps que je pourrai, jusqu’à user mes zygomatiques. Jusqu’à la chute de nos tyrans ».

Kamel Bencheikh rêve à la naissance d’un pays neuf : « Quelle belle démonstration que ces manifestations pacifiques où les jeunes, essentiellement, avaient décidé de déchirer le voile que la nomenclature corrompue avait mis sur leurs yeux depuis si longtemps ». Mohamed Kacimi entre dans la peau du vieux président, méprisant et incapable de comprendre le « dégagisme » dont il fait l’objet. Amina Mekhali évoque la petite orpheline Sylmia qui, devenue adolescente, découvre dans une enveloppe ce que lui a légué sa mère : un prénom, Houria (l’Algérie) et le drapeau algérien. « Elle avait enfin une vraie famille entre les mains. »

« La Révolution du sourire, dont les chants rythment et rythmeront nos rêves, nous a permis de nous redécouvrir » , écrit pour sa part l’éditrice Sarah Slimani dans une lumineuse introduction. Comme le dit si bien Kamel Bencheikh en présentant ce livre, ces écrivains « expriment l’utopie, le rêve, le fantasme, la soif d’une Algérie enfin habitable par tous ses enfants ». Il faut y voir « un geste d’amour incommensurable » pour leur pays.

Notes :

[1La Révolution du sourire, 198 pages. Ed Frantz Fanon, avril 2019, 13€

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