Dévoiement syndical

Le passé trouble d’« Avenir lycéen »

Publié le 11 décembre 2020 à 17:07

« Beaucoup de sauce et peu de lapin. » C’est ainsi que le ministre de l’Éducation nationale Jean-Miche Blanquer considère les accusations dont il fait l’objet à propos du syndicat « Avenir lycéen ». Plusieurs députés (PCF, LFI, PS) ont demandé une commission d’enquête tandis que les syndicats lycéens UNL et FIDL exigent des comptes.

Le ministre de l’Éducation a beau ironiser sur Mediapart et Libération, qui ont révélé l’affaire, les faits apparaissent têtus. Ils portent sur des détournements d’argent public et sur une manœuvre politique visant à casser le syndicalisme lycéen.
La création d’« Avenir lycéen » (en décembre 2018) date des réformes que le ministère a voulu faire passer en force et qui ont suscité la colère des lycéens : la plateforme Parcoursup et la réforme des lycées et du baccalauréat lancées en 2018.
Dans un premier temps, le ministère commence à négocier avec le syndicat UNL (Union nationale lycéenne). Mais coup de chance : un autre syndicat publie des communiqués favorables aux réformes. Dès lors, il n’y a plus vraiment besoin de discuter avec les autres. Ce syndicat, c’est « Avenir lycéen » dont certains membres font partie du mouvement « Les jeunes avec Macron ». Quant au « coup de chance », il semble bien avoir été préparé par l’entourage du ministre.
Par exemple, un ancien de la direction générale de l’enseignement scolaire (la Dgesco qui élabore la politique éducative et pédagogique et assure la mise en œuvre des programmes) aurait accompagné la création d’« Avenir lycéen ». Il est actuellement recteur de l’académie de Nancy-Metz. D’autres communiqués appelant les lycéens à mettre fin au blocage de leurs établissements ont été émis par des Conseils académiques de la vie lycéenne (CAVL). Ces conseils de 40 membres par académie, composés pour moitié de lycéens et d’élèves d’établissements régionaux d’enseignement adapté, sont dirigés par les recteurs d’académie. Ils formulent des avis sur les questions relatives à la vie scolaire et au travail scolaire des lycéens. Ils sont l’instance de dialogue entre les représentants lycéens et l’autorité académique. Les communiqués émis par les CAVL seraient passés par la «  relecture » de l’administration.
Ensuite, le ministère (qui ne pouvait ignorer ces agissements) a subventionné le nouveau syndicat, à hauteur de 65 000 euros en 2019, pour un congrès qui ne s’est pas tenu. Il a ensuite alloué une autre subvention, de 20 000 euros, pour 2020. Mais cet argent public, apparemment destiné à soutenir la démocratie et la représentation lycéenne, a plutôt servi à aider la communication de Jean-Michel Blanquer.

(Photo : © Jérémy Barande / Ecole polytechnique Université Paris-Saclay / CC BY-SA 2.0)

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