Covid-19

Les non-soignants souffrent aussi

Personnel hospitalier

par Philippe Allienne
Publié le 26 mars 2020 à 22:08 | Mise à jour le 27 mars 2020

Lorsque le président de la République a fait sa première annonce, il y a deux semaines, le personnel soignant hospitalier était déjà dépassé. Sa dernière annonce, ce 25 mars, porte enfin sur son engagement, « à l’issue de cette crise », de lancer « un plan massif d’investissement et de revaloriser les carrières ». Cela fait des mois que l’hôpital public réclame de telles mesures. En attendant, Emmanuel Macron n’a pas chiffré sa promesse et d’ici la fin de la pandémie, les soignants peinent durement à la tâche. Ils ne sont pas les seuls, le personnel hospitalier non-soignant souffre tout autant. Témoignages.

Antoinette, secrétaire médicale

« Avons-nous le temps face à l’urgence sanitaire ? »

Antoinette* est secrétaire médicale dans un hôpital public de la Loire. Elle raconte son vécu de l’épidémie dès les premières heures.

  • Dans cet établissement d’Auvergne-Rhône- Alpes, on a très vite passé la consigne de limiter les contacts. « Le personnel a eu interdiction de se rendre dans les bureaux de la direction. » Les cadres ont d’ailleurs été mis au télétravail dès la première semaine. Dans les autres services, en revanche, l’effectif est resté le même. « La DRH ne voulait libérer pratiquement personne alors qu’on parlait confinement et limitation des contacts. Elle a laissé les agents prendre le risque de se contaminer malgré les recommandations données. »

Absence de masques

La direction a ensuite demandé au personnel non-soignant de rattraper le retard. « Ils nous ont dit que nous pouvions profiter du calme pour faire un “ménage de printemps administratif” ! » Malgré l’arrêt de toutes les activités, hormis les urgences, l’effectif des agents non-soignants est pratiquement au complet (agents administratifs, brancardiers, atelier, secrétaires médicales). Au bureau des entrées, comme au standard et à l’accueil des urgences comme des autres services, « les masques étaient interdits. Il faut dire qu’il n’y en pas suffisamment et que 3 000 ont été volés durant le week-end ». Il s’agissait de ce week-end des 21 et 22 mars.

« À l’accueil des urgences, personne ne vient donner d’informations, même pas l’équipe d’hygiène », déplore Antoinette. On sait que, depuis plus de trois semaines, certaines collectivités essaient de recenser les personnels fragiles ou les entourages proches qui ont des problèmes de santés. « Ici, dit Antoinette, ce sont les agents eux-mêmes qui prennent l’initiative d’aller voir leur médecin pour se faire mettre en arrêt de travail. » Petite évolution tout de même : les agents souffrant d’une affection de longue durée (maladies chroniques...) sont autorisés à s’arrêter. Cela ne s’est pas décidé automatiquement.« Aujourd’hui, il y a plusieurs cas de personnels hospitaliers testés positifs. Les agents en ALD n’ont appris qu’hier [mardi 24 mars - ndlr] qu’ils devaient le déclarer à la direction pour être mis en arrêt de travail. »

Lire également : « où sont les masques ? »

Pas de test pour les non-soignants

Mais les cadres craquent en raison du manque de communication et des consignes qui changent sans cesse. Ils se sentent pris en otage. Autre fait marquant : les non soignants ne sont pas autorisés à être testés. « Ils restent chez eux deux semaines en cas de symptômes et ne sont pas dépistés ! » Un patient blessé à la jambe, convoqué pour l’ablation de son plâtre, a été stupéfait lorsqu’il a « vu le personnel sans masque ou protection... Il a halluciné en découvrant des bureaux occupés par de nombreuses employées sans que soit respectée la distance réglementaire. Aux entrées, pendant 15 jours, elles étaient à dix dans le bureau, sans masque. » Certaines se sont mises en arrêt maladie. « La cheffe est en dépression à force d’être sous pression de la hiérarchie. » Face à une telle situation, les syndicats de cet établissement ont interpellé la direction. Celle-ci leur a demandé du temps pour mettre en place les mesures nécessaires. « Mais avons-nous le temps face à l’urgence de cette crise sanitaire ? » s’interroge, dubitative, Antoinette.

« On impose uniquement les gants »

Margot* travaille dans le laboratoire de biologie d’un hôpital de la métropole lilloise. Elle n’est pas au contact direct des patients mais « le Covid est à l’hôpital. Au bureau des entrées, plusieurs personnes sont à l’arrêt. Les masques c’est au compte- goutte. Il n’y en a pas pour tout le monde. J’en ai commandé sur Amazon, je verrais bien si la commande arrive ! Au début il fallait se mettre en blouse et tout ça. Au fur et à mesure c’est devenu moins exigeant, on impose uniquement les gants. Au labo on ne fait porter un masque que si tu es malade. Le mari d’une collègue du labo, qui travaille dans un autre service de l’hôpital, est touché. Il continue de venir et travaille avec un masque. Il vient manger à côté de sa femme. Je l’évite, je suis partie. Quelqu’un est allé le voir, il s’en moque. C’est un autre biologiste qui lui a dit “au moins tu mets un masque. À mon poste je nettoie tout’’ ».

*Les prénoms ont été modifiés

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