Point de vue

Trump et Sarkozy, des artisans du pire ? 

Publié le 11 décembre 2020 à 14:45

Outre-Atlantique, la Cour suprême des États-Unis, à majorité conservatrice, a beau avoir rejeté mardi dernier un ultime recours déposé par les affidés de Trump qui contestaient la légalité des votes par correspondance en Pennsylvanie, l’ex-locataire de la Maison Blanche et toujours milliardaire Donald Trump, continue à marteler que les Démocrates ont triché et qu’il a gagné l’élection présidentielle. Et il menace de faire rouler les tambours du mensonge tout au long du mandat de Joe Biden, quelles qu’en soient les conséquences. 
En France, un premier procès s’est ouvert contre l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy et l’ex-avocat général auprès de la Cour de cassation, Gilbert Azibert. Ils répondent l’un et l’autre de corruption et trafic d’influence. Nicolas Sarkozy est notamment suspecté d’avoir tenté d’obtenir de lui des informations confidentielles le concernant, en vue d’agir sur la procédure engagée lors de l’affaire Bettencourt pour soupçon de financement occulte. En échange, M. Sarkozy lui aurait fait promettre d’intervenir en sa faveur pour qu’il obtienne « un poste de prestige » dans la principauté de Monaco.
Ces accusations ont été établies par les juges d’instruction, notamment sur la base d’écoutes téléphoniques. L’ex-président, lui, n’en démord pas : il n’est coupable de rien. Il s’insurge même contre le recours pourtant légal aux écoutes. Questionné sur ses demandes à destination de Gilbert Azibert quant aux positions de la Cour de cassation à son égard, il les réfute affirmant que sa démarche avait pour seul objet de connaître le mode de fonctionnement de « ce club fermé qu’est la Cour de cassation » ! L’affaire serait donc un simple fait de curiosité. Concernant sa promesse de promotion du magistrat incriminé, il reconnaît « un coup de pouce parmi tant d’autres », ne mesurant même pas l’impact de ce dernier aveu. 
De telles allégations venant d’un président de la République coupent le souffle ! Elles pourraient renvoyer aux scènes maintes fois vues sur C8 dans les reportages intitulés « Enquêtes sous tension ». On y voit des petits malfrats déclarant aux policiers venant de les arrêter qu’ils ignoraient avoir un téléphone dans leur poche et a fortiori qu’il fut volé !  
Forts des preuves recueillies, la procureure Céline Guillet et les magistrats du Parquet national financier (PNF) ont donc requis quatre ans d’emprisonnement, dont deux avec sursis, à l’encontre de Nicolas Sarkozy qui crie désormais au complot, accusant les magistrats de vouloir sa peau. « Les faits (le procès, ndlr) ne se seraient pas produits si un ancien président avait gardé à l’esprit la grandeur, la responsabilité, les devoirs et la dignité des fonctions qui ont été les siennes » a dû répliquer la procureure.
Déni, mensonges et petits arrangements entre amis sont ainsi devenus des pratiques courantes au plus haut niveau d’États dirigés par des individus prêts à tout pour s’y hisser ou s’y maintenir. 
Ces postures mettent la démocratie en danger. Elles engendrent la suspicion à l’égard des institutions telle la justice. Elles jettent le doute sur la sincérité des élections, hystérisant les battus. Elles sécrètent aussi l’idée que tout serait permis dès lors que l’on est au pouvoir. Et quand surgissent des déboires, une armée d’avocats fera tout pour se saisir de la moindre petite erreur administrative et enrayer la marche de la justice, la loi devant rester aux plus forts et aux plus riches. 
« Une justice qui ne passe pas est source de maux qui ne s’effacent pas » a déclaré la procureure à l’issue de sa plaidoirie lors du procès Sarkozy. Passera-t-elle sereinement à Paris ? Suffira-t-elle à imposer le respect des urnes au milliardaire de la Maison Blanche ? C’est souhaitable, car sinon le pire est à craindre…

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