Retraites

Un gouvernement désespérément sourd

par Philippe Allienne
Publié le 21 février 2020 à 17:39

Après plus de deux mois de mobilisation contre la réforme des retraites et une communication gouvernementale qui mise sur l’essoufflement du mouvement, force est de constater que la surdité de l’Élysée et des ministres ne peut effacer le mécontentement. À de très rares exceptions près (danseurs de l’Opéra ou policiers), aucune catégorie n’a été entendue. C’est le cas pour les sapeurs-pompiers ou pour les avocats.

Pompiers. Et la pénibilité ?

« Je suis là pour le retrait de la réforme des retraites parce que nous sommes tous concernés. Avec cette réforme et alors qu’ils cotisent (pour partir plus tôt) les pompiers devront travailler cinq ans de plus avec le facteur pénibilité. Le gouvernement remet tout en cause. Tant qu’il n’y a pas de retrait nous serons mobilisés.  » Marc, la trentaine, était dans les rangs de la manifestation lilloise du 20 février. Membre du syndicat des pompiers CGT de Roubaix, il en a gros sur le cœur. La pénibilité pourtant, les pompiers savent de quoi il s’agit. Le 14 novembre dernier, ceux du Sdis 59 avaient organisé un rassemblement de 24 heures face à la préfecture du Nord pour expliquer leurs difficultés au public. Le salaire moyen d’un pompier s’élève à 2 000 euros net.

Actuellement, un agent entrant perd 300 euros par mois et gagne 1 600 euros par mois. Un officier est payé 2 600 euros. Les retraites sont forcément peu élevées. Les pompiers disposent cependant d’un régime spécial leur permettant de partir à 57 ans. Mais si, à cause de la réforme, il faut travailler plusieurs années supplémentaires, on devine que la pénibilité deviendra vite insupportable. Il faut aussi avoir à l’esprit, comme le rappelait Laurent Cauterman (délégué CGT) dans nos colonnes, que le Sdis du Nord tourne depuis longtemps en sous-effectif. « Il manque à ce jour, rappelle-t-il, 180 agents et 9 millions d’euros pour assurer le fonctionnement. » Or, un fonctionnement à effectif réduit n’est pas sans danger, ni pour les agents, ni pour le public.

Lire aussi : La rue face au passage en force

Hélène Fontaine.
© Droits réservés.

Avocats. L’injustice en marche

« Nous voulons renouer le dialogue avec le ministère de la Justice. » C’est ce que Hélène Fontaine, présidente de la Conférence des bâtonniers, déclarait début janvier à Liberté Hebdo. Les avocats venaient d’entrer dans le mouvement de grève contre la réforme des retraites. Depuis, leur mouvement n’a pas faibli, partout en France. Mais ils peuvent toujours jeter symboliquement leur robe par terre, la ministre n’entend pas, ni personne au gouvernement. La profession fonctionne avec non pas un « régime spécial » mais avec un « régime autonome » . C’est ainsi depuis la Libération. « Après la guerre, explique Hélène Fontaine , on ne voulait pas des avocats dans le régime général. Maintenant, le gouvernement veut nous faire intégrer le régime universel qu’il entend mettre en place. »

Un comble. La caisse créée par les avocats ne coûte rien au gouvernement, elle est bien gérée, elle est excédentaire, elle reverse de l’argent au régime général. Surtout, le régime autonome des avocats repose sur le principe d’une retraite de base de 1 400 euros. Ainsi, les avocats isolés ou qui travaillent dans de tous petits cabinets sont certains de percevoir ce minimum. Le projet de réforme prévoit de casser ce principe et d’augmenter le taux de cotisation de 14 % actuellement à 28 %. Avec un tel système, de nombreux petits cabinets risquent fort de disparaître. Dans les Hauts- de-France, il s’en compte de nombreux.L’accès au droit des citoyens en pâtirait à coup sûr. Le gouvernement a certes fait quelques propositions pour corriger le tir. Mais les avocats les plus modestes resteraient les grands défavorisés. Alors la profession s’accroche et demeure mobilisée.

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